Le JDD. Quel est votre rôle au sein de l’ESJ ?
Bernard de La Villardière. Je suis président du comité pédagogique, donc je participe activement à l’édification des programmes. D’une certaine façon, on peut dire que je suis un peu le gardien du temple. Pour l’instant, je n’ai participé qu’à deux journées portes ouvertes où j’ai rencontré des candidats et des professeurs. Mais nous avons déjà commencé les réunions les autres membres du comité, comme Donat Vidal Revel, le patron d’Europe 1, Sonia Mabrouk de CNEWS ou encore Jérôme Béglé de Paris Match.
Qu’est-ce qui a déjà changé depuis le rachat ?
Nous venons de déménager au 129 rue de l’Abbé-Groult, dans le quartier Convention. C’est un très bel endroit, dans un bâtiment entièrement dédié à l’école. Non loin d’Issy-les-Moulineaux et de la porte de Saint-Cloud, où sont concentrés un grand nombre de médias, comme Canal+, TF1 et France TV. Les anciens locaux étaient assez vétustes et plus vraiment adaptés… C’est un acte fort.
La suite après cette publicité
« Nous vivons dans un monde de choc des civilisations »
Et puis, on a rajouté un master 2. Il y a désormais cinq ans d’études avec des troncs communs auxquels nous tenons beaucoup : la culture générale, l’histoire des civilisations, des religions et des institutions européennes et internationales.
On imagine que les programmes devraient vite évoluer…
L’objectif est de donner aux élèves les clés pour comprendre le monde d’aujourd’hui, qui est extrêmement complexe. Et pour cela, il convient d’avoir acquis une profondeur historique. En ce sens, il y a d’ailleurs une matière à laquelle je tiens beaucoup : c’est l’histoire des idées politiques. Notamment pour comprendre ces grandes idéologies ou ces grandes idées qui sont passées de la droite à la gauche, et inversement.
À l’image du régionalisme, qui était d’abord une valeur de droite puis qui est passé à gauche. Il s’agit aussi de contrer l’inculture dans ce domaine, que propagent beaucoup de journalistes. Comme le fait de croire que le fascisme serait à droite de l’ultralibéralisme, alors que pas du tout. À la base, c’est une économie socialiste. L’ESJ doit éveiller l’esprit critique autant que le goût du terrain, de l’info et de l’investigation.
N’est-ce plus le leitmotiv des journalistes d’aujourd’hui ?
Pour travailler depuis longtemps avec de jeunes journalistes, je suis assez effaré d’en avoir vu arriver beaucoup avec des préoccupations qui étaient loin des réalités de notre monde. Des obsessions même, qui étaient en décalage avec la réalité. Beaucoup de gens choisissent le journalisme par militantisme… alors c’est bien, mais ça ne suffit pas. Il y a d’autres choses essentielles. N’oublions pas que nous vivons dans un monde de choc des civilisations, au milieu de guerres et de menaces terroristes.
« Je ne vois pas l’intérêt de s’acharner systématiquement contre le privé ou l’économie libérale »
C’est quand même frappant de voir qu’après toutes ces années, la défiance de l’opinion publique à l’égard des journalistes n’a pas bougé. Un divorce s’est créé, car les gens ont l’impression, entre autres, qu’il y a des sujets tabous. Moi-même, j’ai présenté une émission qui s’appelait Dossier tabou, dans laquelle je parlais déjà, il y a une dizaine d’années, de la montée de l’islamisme en France. Un sujet qui n’était pas politiquement correct à l’époque… Il faut vraiment sortir de cette culture du ressenti, qui s’appuie sur l’ignorance et la paresse intellectuelle.
Enquête exclusive, votre émission culte, fêtera ses 20 ans à la rentrée. Est-ce un modèle que vous souhaitez transmettre aux jeunes générations ?
Contrairement à d’autres, notre émission ne défend aucun parti pris idéologique. Je ne vois pas l’intérêt de s’acharner systématiquement contre le privé ou l’économie libérale. Ce qui me dérange profondément, ce sont ces journalistes qui se posent en donneurs de leçons.
Pour ma part, je m’interdis toute idée préconçue. C’est, je crois, ce qui fait la richesse d’Enquête exclusive et qui explique pourquoi tant de jeunes continuent à la regarder. Ce goût du terrain, cette rigueur dans l’enquête, c’est ce que je veux transmettre aux élèves : aller voir, observer, rendre compte, témoigner… afin de pouvoir donner aux téléspectateurs toutes les clés de compréhension d’un sujet.
Source : Lire Plus





