
C’est l’histoire d’un officier SS « discipliné, travailleur, honnête, amical, bon camarade, soldat irréprochable » qui, un à un, a gravi les échelons de la barbarie au point de devenir le « Boucher de Lyon ». Son nom : Klaus Barbie. Depuis le 11 mai, devant la cour d’assises du Rhône, 900 journalistes et quatre caméras, son procès a commencé et cet événement constitue une étape importante dans la lente maturation de la nation du crime contre l’humanité, dans l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale et dans la construction de la mémoire collective de notre pays.
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Trois faits ont été retenus par l’instruction : la rafle de l’Union Générale des Israélites de France, la rafle des enfants d’Yzieu et le dernier des convois quittant Lyon pour Auschwitz, le 11 août 1944. Face à l’accusé, qui a vécu quarante ans en exil au Pérou puis en Bolivie, et à son seul avocat, Jacques Vergès, 113 accusations se sont portées civiles. Le but de ce procès, perdu d’avance pour la défense, est d’abord de donner une occasion réelle aux victimes de témoigner et d’obtenir des excuses de la part de leur tortionnaire au nom des morts et de leurs descendants.
Klaus Barbie n’aura pas le moindre remords, le moindre repentir
Jamais ils ne les obtiendront. Klaus Barbie n’aura pas le moindre remords, le moindre repentir. Pis : l’officier nazi dès le troisième jour refusera d’assister à la suite du procès tandis que Vergès remettra en cause la compétence de la cour. La seule parade opposée par Barbie : « C’était la guerre, et la guerre, c’est fini ! » Tous les témoignages vont raconter l’horreur. Elie Wiesel, rescapé, dira ceci : « Je ne crois pas à la vengeance, mais je crois à la justice. »
Pour sa part, dans les colonnes du JDD, Bernard-Henri Levy écrit : « On craignait un procès haineux, on craignait un lynchage, un hallali, un climat de chasse à l’homme et de traque au bouc émissaire qui, transformant le chasseur en gibier et le bourreau d’hier en victime, était supposé dénaturer tout le sens de l’entreprise. Il n’en a rien été. Barbie a été traité comme aucun criminel de son espèce ne l’a jamais nulle part été. Les formes, toutes les formes, ont été mises, et le spectacle que la France a donné est celui d’une justice magnifiquement sereine. »
Le 4 juillet 1987, après délibération des juges et jurés, Barbie était condamné à la réclusion à perpétuité pour avoir commis 17 crimes contre l’humanité. Pierre Prier, envoyé spécial du journal, évoquait un possible prochain procès, avec cette fois Barbie contre Jean Moulin et contre la Résistance. Mais, non. Le « Boucher » décéderait en détention le 25 septembre 1991.
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