Il y a quelques années, la SNCF était parfois critiquée pour ses grèves ou ses retards. En 2025, une autre thématique revient en boucle. « Tu as vu leurs tarifs ? », s’étonne Florian, 43 ans, qui renonce à aller voir sa mère, accompagné de sa fille, dans le sud de la France. « Depuis Paris, l’aller-retour me coûte près de 250 euros. Pour un week-end, je n’ai pas les moyens », concède-t-il. Et il est loin d’être un cas isolé. « Parfois, je suis contrainte de prendre ma voiture », regrette Mélissa, habituée des trajets entre Bordeaux et Paris.
Depuis près de deux ans, les prix des billets de TGV ont augmenté d’environ 10 %. « Nous subissons l’inflation, et les coûts de l’électricité ont énormément grimpé », justifie la compagnie, par la voix de Charlotte Caillaux, attachée presse TGV-Intercités, assurant que ces hausses restent « inférieures à l’inflation ». Problème : selon l’Autorité de régulation des transports (ART), « le prix moyen des trains à grande vitesse a augmenté de 7 % en 2023, soit plus que l’inflation (4,9 % selon l’Insee) », écrivait le régulateur en 2024.
Autre hausse : celle des trains low cost Ouigo, dont les wagons bleu ciel ont vu leur tarif moyen grimper de 45 % en cinq ans, selon la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut). « Nous avons ouvert de nouvelles lignes, comme vers Perpignan. Les trajets sont plus nombreux, mais aussi plus longs, ce qui fait mécaniquement monter les prix », explique encore Charlotte Caillaux, pendant que certains Ouigo dépassent parfois les 100 euros. Une situation qui fait bondir François Delétraz : « Ouvrir de nouvelles liaisons ne justifie pas une telle inflation. Beaucoup pensent que les Ouigo sont bon marché, mais ce n’est plus le cas : avec les frais pour les bagages ou les prises, on dépasse parfois les tarifs du TGV classique avec une carte Avantage, surtout à l’approche du départ », déplore le président de la Fnaut.
Le ferroviaire devient une mobilité réservée aux CSP+
En 2023, la SNCF faisait circuler environ 370 rames de TGV, contre 530 en 2013. Au milieu des années 2010, la direction avait réduit le parc, face à la concurrence du covoiturage et des compagnies aériennes à bas prix, qui avaient peu à peu détourné les voyageurs. « Après le Covid, les gens sont revenus vers le ferroviaire. Aujourd’hui, l’offre ne suit plus : à quelques jours du départ, les trains sont pleins ou affichent des tarifs prohibitifs », constate encore François Delétraz alors que la SNCF a connu une année record en 2024, avec 130 millions de passagers.
Selon le cabinet Trans-Missions, ce choix jouerait un rôle sur la capacité globale avec une baisse de 14 % entre 2013 et 2023, soit 30 000 sièges en moins. « Avec le système de tarification dynamique (Yield Management), une offre limitée crée mécaniquement des trains pleins, donc des prix en hausse », résume un spécialiste. Face à cela, la SNCF prévoit l’arrivée de 115 nouvelles rames en 2026. Celles-ci viendront renforcer le parc tout en remplaçant des modèles plus anciens. La capacité des TGV atteindra jusqu’à 720 places, contre 500 actuellement.
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Ces hausses tarifaires, combinées à une offre contrainte, réduisent-elles l’accessibilité du train pour les ménages modestes ? Autrefois moyen de transport populaire, « le ferroviaire devient une mobilité réservée aux CSP +, de moins en moins accessible aux foyers à faibles revenus ou aux familles », déplore François Delétraz. D’après une étude de 2019, les cadres représentaient déjà 48 % des utilisateurs du TGV, contre 10 % de la population française. À l’inverse, les ouvriers et employés, qui formaient alors 45 % de la population, ne représentaient que 19 % des usagers.
Pour bénéficier de meilleurs prix, Charlotte Caillaux recommande de faire preuve de souplesse sur les dates et horaires, d’utiliser une carte de réduction et de réserver dès l’ouverture des ventes. Mais, pour faire baisser durablement les prix, l’État, principal actionnaire de SNCF Voyageurs et Réseau, pourrait-il intervenir ? « Le coût du péage d’infrastructure peut représenter jusqu’à 40 % du prix d’un billet », rappelle un expert, alors que ces redevances, fixées par le gouvernement, sont parmi les plus élevées d’Europe. Enfin, l’ouverture à la concurrence semble déjà produire des effets : depuis l’arrivée de Trenitalia sur la ligne Paris-Lyon, les tarifs ont baissé de 8 à 10 %.
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