
Il aura fallu deux heures, ce mardi, pour qu’un gigantesque feu parti des Pennes-Mirabeau atteigne les faubourgs de Marseille. C’est l’un des très rares cas en France d’un feu de forêt qui affecte aussi gravement – et aussi rapidement – une métropole côtière de la taille de Marseille. Dans la perspective d’un été caniculaire, la crainte de voir ce type d’incendies se multiplier est dans tous les esprits. D’autant que l’année 2025 affiche déjà un record de départs de feux, majoritairement d’origine humaine. Selon une synthèse du ministère de l’Intérieur, consultée par le JDD, 6 185 feux de forêt ont été recensés depuis le 1er janvier 2025, c’est 1 500 de plus que pour la totalité de l’année 2024. Et l’été débute tout juste.
Publicité
La suite après cette publicité
Canadair : de l’eau dans les gaz
Face à la menace, l’État semble démuni, notamment en matière de moyens aériens. Un rapport parlementaire rendu public le 2 juillet dernier pointe ainsi du doigt « une flotte qui n’est plus adaptée aux besoins » et des « incohérences quant à la stratégie de renouvellement des Canadairs ». D’après nos informations, au 10 juillet, seuls 27 aéronefs spécialisés dans la lutte contre les incendies étaient considérés comme « disponibles » par le ministère de l’Intérieur. « Ce qui n’est pas ridicule », nuance le responsable d’un Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) joint par téléphone. Mais pour ce sapeur-pompier, le problème réside dans la qualité des appareils : « D’une façon globale, nos avions sont vieillissants, parfois même vétustes, et leur taux de disponibilité est anormalement bas. »
L’État semble démuni, notamment en moyens aériens
La cause de ces carences ? Une gestion financière erratique et des erreurs dans l’attribution des crédits. Un avis rendu par la sénatrice LR Françoise Dumont lié au projet de loi de finances de 2025 alerte sur le renoncement par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) de commander deux nouveaux Canadairs, faute d’un budget suffisant. Indispensables à la maîtrise des feux de forêt, les Canadairs manquent. Mais pour Xavier Tytelman, expert en aviation et anciennement responsable au sein de la Sécurité civile, des solutions existent : « Les derniers Canadairs français ont été livrés à la fin des années 1990. Et pour des avions qui subissent des accélérations intenses et qui se prennent des troncs d’arbres dans l’eau, 25 ans c’est très vieux ! » Tytelman, qui travaille avec la société Kepplair, préconise la transformation, par cette même entreprise, d’avions régionaux ATR72 en bombardiers d’eau : « C’est le programme le plus avancé à l’heure actuelle. Il permettrait, dès 2027, de renforcer considérablement notre flotte de Canadairs, avec un coût de production et d’entretien bien plus faible. »

Les volontaires manquent à l’appel
Mais le vecteur aérien n’est pas le seul défaillant. Véhicules tout-terrain, camions-citernes, retardants chimiques pour freiner la propagation des feux, les voyants rouges se multiplient. Et même du côté des ressources humaines, l’inquiétude est à son comble : « 80 % des effectifs en France sont des volontaires, 15 % sont des professionnels et 5 % sont des militaires, des sapeurs sauveteurs de la Sécurité civile, des marins-pompiers ou de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris », a rappelé Bruno Ménard, secrétaire général du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France, à nos confrères de RCF. Fatigue, vies de famille compromises, empêchements professionnels, la disponibilité des volontaires baisse, autant que le nombre de recrues. Selon plusieurs syndicats, les effectifs des sapeurs-pompiers volontaires avoisinaient les 200 000 en 2014 ; ils n’étaient plus que 176 000 en 2024, soit une perte de 25 000 précieux soldats du feu.
Entre vétusté des aéronefs, baisse des effectifs volontaires et équipements au compte-goutte, la France aborde la saison des feux avec une ligne de défense fragile.
Source : Lire Plus






