Après plus de trois décennies de service tumultueux, l’unique porte-avions russe menace de sombrer définitivement dans l’oubli. Entre maintenances à répétition et incidents à répétition, l’Amiral Kouznetsov est aujourd’hui incapable de rivaliser avec les porte-avions modernes, sa propulsion restant classique : à vapeur, symbole d’une autre époque. Long de 300 mètres, ce bâtiment pourrait bientôt quitter la flotte active, signe que Moscou s’apprête à tourner une page.
En effet, ce vendredi 11 juillet, le média russe Izvestia a indiqué que les opérations de maintenance de l’Amiral Kouznetsov avaient été suspendues. Deux raisons expliqueraient cette pause : un manque de financements, alors que la priorité budgétaire est accordée à la guerre en Ukraine. Une décision lourde de sens, dans un contexte où la Marine de Vladimir Poutine n’a jamais réellement pesé dans le conflit que mène la Russie contre Kiev.
Construit à une époque où Moscou cherchait à affirmer sa puissance sur tous les fronts, l’Amiral Kouznetsov a souffert d’un sous-investissement chronique, d’incidents graves et d’un entretien complexe. Immobilisé depuis 2017 dans les chantiers navals de Severodvinsk, au nord de Saint-Pétersbourg, il devait initialement bénéficier d’un programme ambitieux de modernisation d’une durée de trois ans.
Mais plusieurs revers, dont un incendie majeur en 2019 et la chute d’une grue en 2018, ont considérablement retardé les travaux. Sur le plan opérationnel, le navire a été déployé en mer Méditerranée en 2016, dans le cadre de l’intervention russe en Syrie. Comme maudit, lors de cette mission, deux avions de chasse s’étaient écrasés en tentant d’apponter, bien que les pilotes aient pu à chaque fois s’éjecter et être récupérés.
Pas d’équipage opérationnel
Au-delà des problèmes techniques et des accidents, le principal frein à son retour en mer demeure le facteur humain : la flotte russe fait face à un déficit d’équipages qualifiés et à une perte progressive des savoir-faire indispensables à la gestion d’un tel navire. « Pour qu’un équipage soit efficace, il faut qu’il parte régulièrement en mer. Il faut aussi que les compétences soient transmises, car celles requises à bord d’un porte-avions sont très spécifiques », explique un expert. Ces difficultés ont conduit la United Shipbuilding Corporation (USC) et les autorités militaires à suspendre le programme, dans l’attente d’une décision définitive.
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L’éventuelle mise hors service de l’Amiral Kouznetsov priverait la Russie de son unique porte-avions, une première depuis la chute de l’Union soviétique. Ce vide capacitaire intervient alors que des pays comme la Chine et l’Inde multiplient leurs investissements dans leurs flottes aéronavales, renforçant ainsi leur influence régionale.
Moscou ne reste toutefois pas inactif. Le projet Shtorm, un nouveau porte-avions destiné à prendre la relève, est en cours de développement, mais il ne sera pas opérationnel avant au mieux 2027, voire 2030. En attendant, la Russie étudie d’autres solutions, comme l’achat d’avions embarqués chinois (J-35, KJ600) ou la mise au point d’une version navale du futur chasseur Su-75 « Checkmate ».
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