
Devant les généraux et militaires réunis à l’hôtel de Brienne, la parole d’Emmanuel Macron prend un ton grave. En annonçant, ce 13 juillet, une hausse de 7 milliards d’euros pour les armées d’ici à 2027, dont 3,5 milliards dès l’année prochaine, le chef de l’État acte un tournant stratégique majeur. L’effort est inédit, à l’heure où les États-Unis deviennent des alliés moins prévisibles et où les règles internationales perdent en efficacité. Le budget des armées atteindra 64 milliards d’euros par an en fin de quinquennat, soit le double de celui de 2017. Une forme de continuité, puisque la France réinvestit dans son outil militaire depuis la première élection du président Macron, et encore plus depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022, après des années de sous-financement. « Nous devons changer de posture. Nous préparer à ce qui peut advenir », a justifié le président de la République, sans détour.
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Pour autant, l’effort fourni jusqu’à présent reste mesuré. À titre de comparaison, le budget militaire de la Russie dépasse désormais les 100 milliards d’euros. Pour Paris, il s’agit de combler le retard de manière rapide et structurée pendant que les aviateurs manquent de Rafale, que les marins souhaitent de nouvelles frégates et que les terriens attendent la rénovation des chars Leclerc. Selon le locataire de l’Élysée, il ne s’agit plus seulement de financer, mais d’adapter le pays à un monde où la guerre n’est plus un spectre lointain. « Jamais depuis 1945, la liberté des Français n’a été autant menacée », a-t-il affirmé, évoquant la possibilité d’un conflit de haute intensité sur le sol européen. Dans son allocution, le président identifie la Russie comme la menace centrale, pointant la nature hybride du conflit mené par Moscou, mêlant pressions militaires, guerre informationnelle et actes de sabotage.
L’effort reste insuffisant
Face à cette conflictualité diffuse, le chef de l’État juge indispensable de transformer les capacités françaises pour faire face à des menaces désormais multiples et peu prévisibles. Car au-delà des équipements conventionnels, ce sont de nouveaux champs de confrontation qui se militarisent : cyberespace, technologies spatiales, intelligence artificielle, brouillage électromagnétique, fonds marins. La guerre ne se limite plus aux tranchées ni aux chars, elle s’immisce dans les réseaux, les chaînes logistiques et les systèmes de communication. C’est ce que le président nomme « technologies de rupture », qui obligent à revoir les doctrines comme les outils. Pour y répondre, la France mise sur l’innovation : accélération des programmes d’intelligence artificielle militaire, guerre électronique, sécurisation des câbles sous-marins et des serveurs, renforcement de la présence dans l’espace.
Mais l’enjeu est aussi industriel. Depuis 2022, la production de certains types de munitions a triplé ; les chaînes de l’industriel Nexter tournent à plein régime pour livrer les canons Caesar ; la filière drone connaît une expansion rapide. L’effort, pourtant, reste jugé insuffisant. « Chaque minute compte », a martelé Emmanuel Macron, appelant à une mobilisation industrielle totale. En réponse, un industriel tricolore contacté par le JDNews tempère, soulignant que « très peu de commandes avaient été réalisées au début de l’année 2025 ». Et d’ajouter : « Il faut maintenant que cela se concrétise en actes. Nous avons besoin de visibilité, mais nous sommes prêts : nous avons la capacité de monter en puissance. »

Dans les jardins de Brienne, le président appelle également à une « mobilisation de la nation tout entière ». Une mobilisation des esprits d’abord, dans un contexte où, selon lui, « la paix n’est plus acquise ». « Face aux défis, la défense n’est plus l’affaire des seuls militaires. Chaque Français, chaque entreprise, chaque collectivité a un rôle à jouer », insiste-t-il. Ce recentrage stratégique s’accompagne aussi d’une ambition humaine : Emmanuel Macron a confirmé son intention de tirer les « conséquences » dès l’automne quant à la mise en place d’un service militaire volontaire (SMV) « rénové ». Cette nouvelle mouture pourrait offrir aux jeunes Français une formation militaire susceptible de déboucher sur un engagement au sein des armées, a confié une source proche du dossier à l’AFP.
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De son côté, Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a souligné, le même jour, l’importance de disposer d’une « réserve professionnalisée et spécialisée sur des compétences, des savoir-faire » afin d’« épauler l’armée de métier ». « L’armée de 2030 sera hybride : une armée d’active et de réserve, aux compétences durcies », a-t-il ajouté. Conçu comme un vivier de compétences dans les domaines techniques ou de soutien, notamment pour les jeunes, le SMV rénové permettrait de constituer une réserve formée et mobilisable, à l’heure où les contingents n’ont pas évolué depuis le début de la guerre en Ukraine. Reste à savoir si cet élan politique se traduira concrètement, tant les précédentes initiatives se sont heurtées à la complexité logistique et aux incertitudes budgétaires. Car en matière de résilience, comme en stratégie, c’est la constance qui fait la différence.
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