
Ils sont montés sur des quads, des motos, parfois au volant de voitures de sport. Leur terrain de jeu ? La voie publique : les allées piétonnes, les autoroutes et même les centres commerciaux. De nuit comme de jour, ils font vrombir leurs moteurs et multiplient les acrobaties routières, au détriment de la tranquillité des riverains. Né aux États-Unis à la fin des années 1990, le phénomène du rodéo urbain s’est exporté vers l’Europe autour de 2005. Au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, puis en France, où il a pris une dimension spectaculaire. Largement adopté par une population jeune, principalement originaire des banlieues, le rodéo fait, chaque été, toujours plus parler de lui.
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Symbole de défi envers l’État, manifestation d’un sentiment d’impunité, cette activité – illégale et censée être sévèrement punie par la loi – empoisonne le quotidien de milliers de personnes. Selon nos confrères du Figaro, entre janvier et mai 2025, plus de 40 200 signalements ont été enregistrés sur masecurite.fr, soit 220 par jour, une hausse de 164 % en un an. La réponse policière a gagné en intensité : 10 493 opérations, 1 849 interpellations, 1 237 engins saisis et 732 gardes à vue prononcées. Mais, malgré ce dispositif, les drames se succèdent. En mai, un pompier volontaire d’Évian a été grièvement blessé par un chauffard devant sa caserne, un acte qualifié de « tentative de meurtre » par le parquet.
Quelques semaines plus tôt, deux jeunes perdaient la vie lors d’une course sauvage en Loire-Atlantique. La pratique, de plus en plus violente, concerne désormais l’ensemble du territoire français, et les forces de l’ordre manquent de moyens pour l’endiguer. « Le phénomène est né dans les cités, mais n’a fait que s’étendre. D’abord vers les zones périurbaines, puis vers les centres-villes des communes, explique Éric Henry, délégué national du syndicat Alliance Police. On est débordés et consternés de voir à quel point le problème est pris à la légère, d’abord par la justice, mais aussi par une certaine classe politique de gauche qui prend la défense des auteurs en permanence ! »
« Les auteurs de rodéos refusent très souvent d’obtempérer »
Et les interventions policières sont souvent à risque. « Les auteurs de rodéos refusent très souvent d’obtempérer, ce qui crée toutes les conditions pour un accident de la route », poursuit le policier. Ces dernières années, plusieurs courses-poursuites entre forces de l’ordre et fuyards à deux-roues se sont soldées par un drame, et les agents évitent la plupart du temps ces « chasses » dont les conséquences peuvent s’avérer très lourdes.
Pourtant, de nombreuses voix chez les policiers et dans la classe politique appellent à adopter le modèle anglais du « contrôle tactique », une méthode d’interception radicale, utilisée par les forces de police britanniques – en particulier par Scotland Yard – pour neutraliser les auteurs de rodéos urbains ou de vols à scooter. Ce procédé, introduit à Londres dès 2018, consiste à tamponner volontairement un deux-roues en fuite avec un véhicule de police, dans le but de le déséquilibrer et de stopper sa course, même à vive allure. Ce type d’intervention est assumé outre-Manche comme un moyen de dissuasion. Il a d’ailleurs permis de réduire certains délits de 18 % en quelques mois dans la capitale britannique. Les forces londoniennes insistent sur l’absence de limitation de vitesse pour employer cette technique, estimant que le danger créé par les fuyards justifie une riposte ferme, même risquée. D’autres solutions existent, comme la pose de stop sticks, ces sortes de herses que gendarmes et policiers peuvent lancer au sol pour crever les pneus des auteurs de rodéos. Mais là aussi, le risque d’accident existe.
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« On doit adapter nos réponses au contexte évidemment, mais il faut changer de paradigme et faire comprendre à ceux qui mettent la vie des autres en danger qu’ils prennent des risques, eux aussi », assure Éric Henry. Et la législation met parfois des bâtons dans les roues des forces de l’ordre. L’usage du drone, par exemple, pourtant plébiscité par les policiers pour anticiper des rassemblements de rodéos urbains et délimiter des périmètres d’interventions, a fait l’objet de plusieurs offensives judiciaires. Comme à Nantes, à l’été 2023, où le tribunal administratif a suspendu une opération préfectorale. Les policiers avaient déployé un drone pour surveiller un quartier connu pour ses nombreux rodéos. « La saison estivale est celle où les rodéos explosent. On devrait simplement pouvoir intervenir avant que les rassemblements ne se fassent et le drone est la meilleure solution pour ça », déplore un policier breton. Mais le fonctionnaire veut nuancer : « Tous les amateurs de rodéo ne se ressemblent pas. Il y a aussi les amateurs de ‘‘rasso’’, des rassemblements de passionnés d’automobile qui ne posent aucun problème ». Un amalgame à éviter.
Reste que l’été commence à peine, et que le fléau du rodéo ressurgit déjà. Face aux voix qui grondent, les ministres de la Justice, Gérald Darmanin, et de l’Intérieur, Bruno Retailleau, ont haussé le ton. En mai dernier, le garde des Sceaux a demandé la saisie systématique des véhicules impliqués dans des rodéos urbains. Retailleau, lui, a promis de généraliser la prise en chasse des auteurs. Des mesures « pansement » face à un phénomène qui n’a fait que grossir au cours des dix dernières années.
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