Pas un mot. François Bayrou a détaillé deux heures durant coupes, efforts et hausses d’impôts déguisées sans jamais évoquer l’immigration. Une omission qui fait bondir la droite, unanime à dénoncer un angle mort à la fois politique et budgétaire. Avec une antienne imparable : pourquoi faire peser l’effort sur les actifs, sans aborder le coût de l’immigration ?
Directement concerné en tant que ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau tranche dans les colonnes du Figaro : « Le tabou du coût de l’immigration doit être enfin levé. » Avant d’annoncer une salve de propositions qu’il soumettra à la rentrée : hausse des droits de timbre sur les titres de séjour et les naturalisations, suppression de l’aide médicale d’État (AME), recentrage sur les seuls soins d’urgence. « Les frais de santé des clandestins sont totalement pris en charge, ce qui n’est pas le cas pour les Français. C’est une injustice ! » insiste-t-il.
Depuis l’Assemblée nationale, Laurent Wauquiez a lui aussi relevé la coupable absence. Saluant du bout des lèvres un Bayrou qui « a le mérite de chercher des solutions », il enchaîne : « Son plan doit être corrigé et amélioré. On ne peut pas demander des efforts à tous les étages de la société sans rien dire de l’immigration. » Le patron des députés LR avance un chiffre : 5 milliards d’euros pourraient être économisés, avec une meilleure régulation des dépenses sociales liées à l’immigration.
Le Rassemblement national, par la voix de Jordan Bardella, accuse François Bayrou d’avoir « sciemment écarté » le sujet pour ne pas froisser la majorité. Marine Le Pen juge pour sa part cette absence « idéologiquement révélatrice » et dénonce un gouvernement qui « demande des sacrifices aux Français tout en continuant à financer une politique migratoire hors de contrôle ». Le RN réclame la suppression de l’AME, un audit du coût de l’immigration, et présentera un contre-budget complet à l’automne.
Éric Ciotti, président de l’UDR, est sur la même ligne. Son groupe s’est vu confier une commission d’enquête parlementaire sur le coût de l’immigration, dont les travaux débuteront à la rentrée. Mais déjà, le député des Alpes-Maritimes reprend le credo du deux poids deux mesures : « Du sang et des larmes pour les Français, la dolce vita pour l’État obèse », dénonce-t-il. Avant d’égrener les lignes rouges franchies : non-remboursement des médicaments, hausse des impôts, désindexation des retraites… Le tout, « sans la moindre économie sérieuse » sur l’immigration, ni sur la dépense publique.
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L’immigration, soigneusement évacuée par François Bayrou, place ce dernier face à une opposition parfaitement alignée et résolue
Sarah Knafo, enfin, s’est jointe au chœur des droites à l’unisson. La députée européenne cible à son tour l’AME et va plus loin : elle propose de réserver les prestations sociales non contributives aux seuls Français, pour une économie totale de 15 milliards d’économies. Une idée qu’elle assume pleinement au nom du réalisme budgétaire, et qui s’inscrit dans une ligne d’inspiration « mileiste » – du nom du Premier ministre argentin Javier Milei. Elle s’appuie au passage sur un sondage CSA révélateur : 71 % des Français se disent favorables à la préférence nationale en matière d’emploi, de logement, d’allocations sociales et familiales.
Ciment d’une union des droites en gestation, l’immigration, soigneusement évacuée par François Bayrou de son équation budgétaire, place ce dernier face à une opposition parfaitement alignée et résolue. Calcul assumé ou faute politique, l’omission pourrait bien, à terme, se payer par la censure.
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