
Un million d’élèves harcelés. 24 % de lycéens avec des pensées suicidaires, selon une enquête 2022 de Santé publique France. Une explosion de 63 % des hospitalisations pour tentative de suicide chez les jeunes filles de 10 à 14 ans depuis le Covid, selon l’Observatoire national du suicide. Ces chiffres vertigineux attestent d’une réalité que l’école ne peut plus ignorer : la dégradation de la santé mentale de la jeunesse française. Le drame de Nogent-sur-Marne, où un collégien « ambassadeur contre le harcèlement » a tué une surveillante, révèle l’ampleur d’une crise qui dépasse largement les effets du Covid ou des réseaux sociaux.Le taux de dépression chez les adolescents est passé de 12 % en temps normal à 39 % après la pandémie, a indiqué le neuro-psychiatre Boris Cyrulnik.
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Depuis vingt ans, notre système éducatif produit ses propres « blessés » : élèves harcelés, jeunes aux besoins spécifiques ignorés, adolescents en détresse psychologique… Les 6 à 8 % d’élèves « dys » sont particulièrement exposés au harcèlement et aux violences scolaires, selon la Fédération française des dys (FFDys), témoignage d’une école qui, au lieu d’inclure, exclut. Les difficultés d’apprentissage – et notamment de lecture – qui ne sont pas prises à bras-le-corps dès leur apparition nourrissent un échec scolaire et une désespérance structurelle dans le secondaire, où les plus fragiles se sentent abandonnés.
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Cette souffrance silencieuse se transforme parfois en violence spectaculaire. Pour un passage à l’acte se cachent des milliers de parcours de souffrance non détectée, non accompagnée, non soignée. Le paradoxe de l’agresseur de Nogent – élève intégré, soutenu familialement et engagé contre le harcèlement – montre que la violence peut surgir là où on l’attend le moins, quand la détresse reste trop longtemps sans réponse.
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Les jeunes trouvent dans le virtuel un espace d’expression que l’école ne leur offre plus
Face à cette urgence sanitaire et sociale, comment la France peut-elle agir massivement, alors qu’il est patent qu’elle manque de moyens budgétaires et humains ? Il n’y a en effet qu’un psychologue pour 1 500 élèves (rapport 2021 de l’Éducation nationale), un médecin scolaire pour 13 000 élèves (Cour des comptes), un infirmier pour 1 600 élèves (Syndicat national des infirmiers conseillers en santé). Les 90 % de jeunes de 13 à 19 ans présents sur les réseaux sociaux – chiffres avancés par le docteur Juliette Hazart, addictologue, auteur de Mon ado est accro aux réseaux sociaux –, y passant en moyenne 2 heures 12 par jour, trouvent dans le virtuel un espace d’expression que l’école ne leur offre plus.
Si l’on dégageait des moyens, la mesure phare serait la généralisation d’un « Pass santé mentale scolaire » garantissant à chaque élève un accès gratuit et immédiat à un psychologue spécialisé, avec une hotline 24 h/24. Il faudrait aussi former tous les personnels au contact des élèves pour leur apprendre à renforcer leur bienveillance, à inciter les élèves à en faire de même et à détecter les urgences, les traiter et les signaler.
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Pour les situations les plus critiques, la création de « classes thérapeutiques » dans chaque académie offrirait un espace de reconstruction psychologique et pédagogique avant de rejoindre des établissements classiques. Ces espaces de respiration permettraient aux jeunes de se reconstruire sans stigmatisation, dans une logique de parcours individualisé et valorisant.
Aujourd’hui, certaines écoles privées indépendantes assument ce rôle, en l’absence d’action de l’État. Elles sont des refuges décisifs pour de nombreux enfants harcelés. L’école française produit aujourd’hui autant de diplômés que de blessés invisibles. Il est urgent d’agir malgré le manque de moyens. La prévention ou le déplacement d’élèves (harcelés ou harceleurs) ne doit pas être une fin en soi, mais le démarrage d’un accompagnement pluridisciplinaire (notamment psy, diététicien, orthophoniste…) des élèves harcelés comme des primo-harceleurs. Car derrière chaque statistique se cache un enfant qui mérite mieux que la souffrance et l’abandon.
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