Au milieu de l’océan, personne ne vous entendra crier. Mercredi débarque en salles la sensation de la dernière Quinzaine des cinéastes à Cannes : le bien-nommé Dangerous Animals, mis en scène par Sean Byrne, un électron libre originaire de Tasmanie, en Australie. Il dégaine un divertissement idéal en cette période de vacances estivales, où cohabitent des requins et un tueur en série ! Un concept original issu du cerveau dérangé du scénariste Nick Lepard, biologiste marin de formation, qui a mené quantité de recherches pour approfondir son sujet.
Il raconte l’histoire de Zephyr, une surfeuse intrépide en quête d’adrénaline, kidnappée à l’aube par Tucker, un psychopathe qui livre ses victimes en pâture aux squales et filme leur agonie tandis qu’elles se font dévorer. Séquestrée sur son bateau au large, elle est confrontée à son ravisseur qui ira jusqu’au bout de sa folie… Vous l’aurez compris, le véritable prédateur n’est pas le poisson, mais l’homme.
Excellente surprise que ce survival impitoyable et imprévisible qui ménage une kyrielle de rebondissements résolument jouissifs, généreux envers son public tenu en haleine en permanence grâce à une héroïne coriace se battant bec et ongles afin de garder la tête hors de l’eau. Un huis clos à ciel ouvert doublé d’une expérience immersive intense (sursauts garantis) qui attise l’angoisse et le malaise, tempérés par un humour cathartique. Et qui n’est pas sans rappeler Le Voyeur, de Michael Powell (1960).
Sean Byrne souhaitait rendre hommage au chef-d’œuvre Les Dents de la mer (1975), qui fête ses cinquante ans. « Heureusement que Bruce, son requin mécanique, ne fonctionnait pas, car Steven Spielberg nous a enseigné l’art de la suggestion, bien obligé de contourner le problème, indique-t-il. Le résultat est tellement plus puissant. En fait, il n’y a pas tant de sang que cela dans Dangerous Animals. Je sollicite davantage l’imagination des spectateurs. » Il se félicite que l’animal ne soit pas diabolisé à l’écran, mais instrumentalisé par le sadique Tucker.
« J’assume la dimension écologique pour évoquer la conservation de l’espèce, lance-t-il. Dans mon pays, il est une attraction pour les touristes en mal de sensations fortes, appâté pour qu’il pointe le bout de son nez, et sociabilisé, il n’a plus peur des bateaux et des humains, qui le nourrissent régulièrement. Forcément, on recense plus d’accidents. »
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Il reconnaît que le cinéma australien est plus cruel, sauvage et audacieux, comme en témoignent les excellents Wolf Creek (2005), de Greg McLean, l’odyssée meurtrière d’un individu qui s’en prend à des autostoppeurs dans le désert, Calme blanc (1989), de Phillip Noyce, ou encore Razorback (1984), de Russell Mulcahy. « Il s’agit de la mythologie de mon pays, considérée de l’étranger comme la terre de tous les dangers. (Rires.) On a l’air accueillants comme ça, mais qui sait ce qui se cache derrière le masque… »
Un tournage difficile dans le canal Jumpinpin
Le tournage n’a pas été de tout repos pendant deux semaines dans le canal Jumpinpin, où les eaux sont profondes, situé dans le Queensland. « J’avais la possibilité de louer un bassin artificiel en studio, mais c’était trop cher : 8 000 dollars la journée, assène-t-il. Le rendu est quand même plus authentique en pleine mer. Je voulais rester le plus proche possible de l’image documentaire. On a donc travaillé avec des vrais requins qui vivaient dans les alentours. En revanche, j’étais malade tout du long, l’embarcation tanguait en continu. Avec ce mouvement de balancier, j’ai perdu l’équilibre. Ce n’était pas joli à voir. (Rires.) »
Dangerous Animals ★★★ de Sean Byrne, avec Jai Courtney, Hassie Harrison, Josh Heuston. 1 h 33. Sortie mercredi.
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