Après l’affaire Adrien Quatennens, condamné en 2022 pour violences conjugales, l’affaire Sophia Chikirou, mise en examen pour escroquerie aggravée, les accusations d’antisémitisme depuis les pogroms du 7-Octobre… c’est maintenant l’affaire Andy Kerbrat qui embarrasse La France insoumise. Mais plutôt que de s’excuser ou de faire amende honorable, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon applique les préceptes de son leader : « Ne jamais reconnaître la moindre faute, ne jamais reculer d’un centimètre, cela reviendrait à céder quelque chose à l’adversaire », a théorisé l’ancien candidat à la présidentielle, selon son camarade François Cocq.
Une maxime respectée à la lettre par les Insoumis, qui soutiennent en bloc leur collègue Andy Kerbrat, quitte à inverser le problème et le faire passer pour un malade, « victime de ses addictions ». La stratégie a été largement reprise par le député Insoumis qui, depuis son retour, occupe davantage les plateaux de télévision et de radio (RTL, Ouest-France, etc.) que les bancs de l’Assemblée nationale, comme en atteste sa fiche de présence, qui reste vide.
« Il aurait dû démissionner », tranche sèchement le député Renaissance Mathieu Lefèvre, pour qui le retour précipité d’Andy Kerbrat illustre les limites du règlement de l’Assemblée nationale et la dégradation de l’image publique des élus de la République. « On ne peut pas voter une loi en semaine et l’oublier le week-end : pour les Français, c’est choquant », ajoute-t-il. Même à gauche, l’affaire révolte en interne et alimente les bruits de couloir : « Bien sûr que son retour est dérangeant, il porte un préjudice fort à la réputation des parlementaires », alerte le sénateur socialiste Jérôme Durain.
Le rapporteur de la loi contre le narcotrafic espère tout de même que cette affaire aura le mérite de mettre en lumière l’explosion de la consommation de drogues dans certains milieux professionnels, notamment à cause de la pression horaire.
« Le vrai danger, ce n’est pas l’affaire Kerbrat, c’est cette dérive Insoumise »
La loi contre le narcotrafic, c’est l’autre grande incohérence d’Andy Kerbrat. À l’époque, le député, officiellement en arrêt maladie, est pris en charge dans une maison de santé pour une cure de désintoxication, ce qui ne l’empêche pourtant pas de voter (par procuration) contre le texte de Gérald Darmanin. « Après avoir alimenté les réseaux de dealers, maintenant, il les protège », grince un opposant de droite qui ne croit pas vraiment au récit, alimenté par La France insoumise, d’une simple victime, sans aucune responsabilité.
La suite après cette publicité
Se victimiser pour attaquer
Avec cette stratégie de victimisation, LFI cherche surtout à cibler la politique du gouvernement, qu’elle juge trop axée sur la répression contre les trafiquants et les consommateurs, plutôt que le traitement des addictions. Depuis son arrivée au ministère de l’Intérieur, Bruno Retailleau a décidé d’orienter son discours sur la culpabilisation des consommateurs, avec un slogan frappant, assorti d’une vidéo aux images choc : « Vous qui fumez des joints, qui prenez des rails de coke, il a le goût des larmes et surtout du sang. »
Ce message fait référence aux 110 morts liés à des règlements de comptes entre dealers l’année dernière, sans compter les nombreuses victimes collatérales, comme la jeune Socayna, étudiante de 24 ans tuée à Marseille, en septembre 2023, par une balle perdue. D’ailleurs, lors de ses sorties médiatiques, Andy Kerbrat martèle les éléments de langage de La France insoumise et plaide pour une dépénalisation de toutes les drogues « comme au Portugal », assure-t-il, laissant donc encore plus de place aux narcotrafiquants.
« Évidemment que ce genre de comportement et de discours freine le travail du gouvernement », analyse Mathieu Lefèvre. Cette offensive de Jean-Luc Mélenchon et de ses collègues irrite au plus haut de l’État : « C’est ahurissant, et toute cette stratégie est faite avec la complicité de La France insoumise, qui est en dessous de tout », pointe du doigt l’entourage de Bruno Retailleau.
Retourner la faute contre le système
La France insoumise ne s’excuse jamais, elle accuse. Peu importe la gravité des faits, l’important est de retourner la faute contre le système, les médias, la police, le gouvernement ou la société tout entière. Dans ce théâtre d’indignation permanente, l’individu n’est plus responsable de ses actes, il devient victime d’un acharnement, ne laissant aucune place à la nuance ; l’important est le clivage permanent.
« Le vrai danger, ce n’est pas l’affaire Kerbrat, c’est cette dérive Insoumise, qui refuse toute autocritique et qui instrumentalise chaque affaire pour fracturer le débat », conclut un socialiste. Car Jean-Luc Mélenchon reste persuadé qu’un pays divisé (idéalement entre lui et le Rassemblement national) est toujours plus facile à conquérir qu’un pays éclairé.
Source : Lire Plus






