Dans une interview fleuve accordée à Valeurs actuelles, le locataire de la place Beauvau n’a pas mâché ses mots. Il a décrété que « le macronisme s’achèvera avec Emmanuel Macron », parce qu’il « n’est ni un mouvement politique, ni une idéologie : il repose essentiellement sur un homme ». Puis d’ajouter, la fleur au fusil : « Je ne crois pas au “en même temps”, car il alimente l’impuissance ». Au lendemain de la parution de cet entretien, ce jeudi 24 juillet, le premier flic de France doit rencontrer le chef de l’État à l’Élysée. L’ambiance s’annonce houleuse.
« Le macronisme trouvera bien une fin »
Une séquence similaire avait éclaté il y a deux mois. La porte-parole LR du gouvernement, Sophie Primas, avait estimé que « le macronisme trouvera bien une fin ». Une phrase qui avait déjà suscité l’ire du camp présidentiel. « Je trouve ça savoureux d’entendre des représentants d’une famille politique qui n’a pas gagné une seule élection nationale depuis 18 ans nous donner une leçon de survie et d’existence », tacle Prisca Thevenot, députée Renaissance et ancienne ministre, auprès du JDD.
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Mais la question est désormais sur la table : alors que le second quinquennat d’Emmanuel Macron touche à sa fin, le macronisme lui survivra-t-il ? En 2017, l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande s’est imposé avec fracas sur la scène politique, profitant de la désintégration du Parti socialiste et des Républicains. Son mouvement, En Marche !, devient l’instrument de conquête du pouvoir au service d’un seul homme. Ne ressemblant pas aux partis traditionnels, il n’a jamais eu pour fonction d’arbitrer entre les idées ou les ambitions de ses membres. Ni de conquérir une ample base militante ou de s’implanter dans les territoires.
« Le macronisme est apparu avec l’idée d’un nouveau monde, mais s’est rapidement révélé n’être qu’une coquille vide », analyse le politologue Luc Gras auprès du JDD. Près de dix ans après son émergence, cette idéologie ressemble moins à une révolution durable qu’à une parenthèse dans l’histoire de la Ve République. Et Emmanuel Macron semble voué à laisser derrière lui un espace politique en déshérence, sans héritier identifié. « Édouard Philippe et Gabriel Attal se sont appuyés sur le macronisme pour obtenir des postes à responsabilité, mais chacun retrouvera les rives de ses origines en 2027 », avance l’auteur de La démocratie en péril. À savoir la droite orléaniste pour le premier et la gauche social-démocrate pour le second.
Cette période transitoire esquisse un nouveau clivage politique auquel les deux prétendants du bloc central ne peuvent pas échapper. D’un côté, une gauche radicale incarnée par LFI, talonnée par une gauche social-libérale représentée par Raphaël Glucksmann. De l’autre, une droite libérale-conservatrice portée par Bruno Retailleau, flanquée d’une droite nationaliste symbolisée par le RN. Si cette nouvelle polarisation venait à se confirmer, le « en même temps » macronien serait relégué au rang d’exception passagère de la Ve République.
Le bloc central pourrait toutefois perdurer provisoirement dans un paysage politique marqué par la tripartition. « Tant que des figures porteront une vision pro-européenne, une politique de l’offre et une ambition de progrès social, notre ligne se perpétuera », veut croire la députée Renaissance Prisca Thévenot. Mais l’avenir du macronisme ne prendra pleinement forme qu’une fois Emmanuel Macron sorti de l’équation. Ni Édouard Philippe ni Gabriel Attal, s’ils accédaient à l’Élysée, ne semblent enclins à prolonger l’héritage intellectuel de leur ancien patron, tant les Français paraissent lassés d’une ligne politique perçue comme à la fois trop floue et trop contradictoire.
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