
Toute la France et le JDD supportent Laurent Fignon : « Encore un effort, Laurent », titre le journal comme il annonce en dernière page : « Un duel de géants » entre le coureur français et l’Américain Greg LeMond. Ce dimanche, c’est la dernière étape, un contre-la-montre entre Versailles et Paris, d’un Tour de France beau, intense, poignant qui a semblé, depuis le premier jour, posséder tous les contours d’un roman. Dès le prologue, à Luxembourg, Delgado, le maillot jaune en titre, manquait le départ, s’élançant avec 2 minutes 40 secondes de retard. C’en était fini de ses chances avant même le premier coup de pédale !
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En revanche, LeMond, que personne n’avait placé dans les favoris, et qui revenait d’une grave blessure subie lors d’un accident de chasse, étonnait par son aisance retrouvée et un chassé-croisé au classement commençait avec Fignon. Il y aurait trois semaines épiques entre rebondissements, suspense et tensions. Cinquante secondes, c’est l’écart qui les sépare avant ce dernier contre-la-montre. Le calcul est simple : Fignon ne doit pas perdre plus de deux secondes au kilomètre. L’apothéose élyséenne ne pouvait être plus indécise, plus belle.
L’Américain, qui a toujours dominé le Français dans cet exercice solitaire, se sent capable de gagner avec une seconde d’avance. Seulement 12 % des suiveurs pensent qu’il peut réaliser l’exploit. Laurent, pour sa part, serein, s’estime assez fort pour garder le maillot jaune qu’il a arraché de toutes ses forces dans les Pyrénées, mètre après mètre, seconde après seconde. Au JDD, il confie : « Je voudrais dédier ma victoire à ma femme et à ma fille. » Ancien vainqueur de l’épreuve, Bernard Hinault reste circonspect. Il connaît par cœur les deux champions, et il déclare : « C’est une folie ce Tour. À trente minutes de l’arrivée, personne ne peut être sûr de rien. »
Huit secondes en faveur de l’Américain. Résurrection pour l’un ; crucifixion pour l’autre
Le mystère est donc entier et l’incertitude est telle que certains se demandent si la marge la plus faible – 38 minuscules secondes en 1968 entre le vainqueur Janssen et son dauphin Van Springel – ne risque pas d’être battue. À mi-parcours, Fignon a perdu la moitié de son matelas, et pour lui, on pressent le pire. Et le pire va arriver sur les pavés des Champs-Élysées. Huit secondes en faveur de l’Américain. Résurrection pour l’un ; crucifixion pour l’autre.
– « Ah ! Mais je vous reconnais, vous êtes celui qui a perdu le Tour de huit secondes ! »
– « Non, Monsieur, je suis celui qui a gagné deux Tours de France, en 1983 et 1984. »
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Jusqu’à la fin de ses jours, Laurent Fignon tiendra cet échange avec des centaines d’individus. Sauf qu’à partir de 1989 et ce maudit dimanche, devenu un perdant, il gagnera un peu plus et même définitivement le cœur des Français.
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