Tiens, voilà du boudin… Sur l’avenue des Champs-Élysées lustrée par le soleil couchant, Tadej Pogacar aura-t-il retrouvé son sourire, ce dimanche, sur la plus haute marche du podium qui lui est promise ? La mine boudeuse du maillot jaune, à La Plagne, vendredi, alors qu’il venait de sceller sa quatrième victoire dans la plus grande course du monde, restera une image déroutante de ce Tour de France. Pogacar avait avoué qu’il trouvait le temps long et avait hâte d’en terminer. Était-il finalement émoussé comme un simple mortel ? Déconfit de n’avoir pu lâcher les chevaux lors d’une troisième semaine, courue contre nature, sur la défensive ? Avait-il renoncé à tout rafler par nécessité ou par prudence, physique et/ou diplomatique ? Le Slovène reste insondable, mais toute la charge du Tour semblait lui peser et ce dépit apparent déteignait, accordé à l’atmosphère grise et frisquette des arrivées dans les frimas des stations alpestres…
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La dernière étape des Alpes avait été raccourcie, à cause de l’abattage d’un troupeau de bovins touché par une épidémie dans le Beaufortain – sans doute moins pour les raisons sanitaires invoquées que par crainte de manifestations d’éleveurs meurtris par cette obligation radicale… Tout pour une fin en eau de boudin ! En quête de l’étape, Vingegaard et Pogacar ont laissé le Néerlandais Thymen Arensman (Ineos-Grenadiers) triompher, après s’être neutralisés dans l’ascension vers La Plagne… Chacun des duellistes avait ses raisons d’enterrer son ambition du jour, plutôt que de risquer de favoriser celle du rival.
Il serait pourtant injuste de réduire Vingegaard à un attentiste qui ne tient pas ses promesses : le Danois ne pouvait guère espérer plus qu’une victoire d’étape, car le KO définitif lui avait été administré la veille. Après avoir tenté le mano a mano mardi sur la seule ascension du Ventoux, sans succès, le leader de Visma-Lease a Bike avait cette fois lancé les grandes manœuvres dans l’enchaînement de cols de l’étape reine jeudi, parvenant à s’isoler avec Tadej Pogacar dans la montée de la Madeleine, à 71 kilomètres de l’arrivée ! Mais la liaison vers le pied du col de la Loze, versant Courchevel, se transformait en vallée de la mort pour ses ambitions du jour – et du Tour. Désemparé par la présence dans sa roue d’un maillot jaune impossible à décramponner, « Vingo » rendait les armes et l’Australien Ben O’Connor (Jayco-AlUla) en profitait pour s’offrir un succès de grande classe.
La défaite concédée remontait en réalité au Hautacam il y a dix jours : tous les suiveurs espéraient être démentis, tout en pressentant que le coup de massue de Pogacar, 2’14’’infligées au vainqueur des éditions 2022 et 2023, était irrévocable. La première arrivée au sommet des Pyrénées a marqué un tournant : il n’y a plus vraiment eu de duel, même dans les autres rendez-vous (Ventoux, Loze) d’un tracé censé titiller l’envie de revanche du Slovène. Le Hautacam a été comme une rupture entre une première partie de Tour, le plus souvent emballante, jusqu’à la trépidante étape toulousaine, et une seconde plus morne avec un classement général figé pour l’essentiel. Même si l’Allemand Florian Lipowitz a bataillé pour s’assurer la troisième place du podium et le maillot blanc, le cœur n’y était plus vraiment. Après les Pyrénées, on a pu se consoler avec de jolies batailles pour les étapes du mont Ventoux, de Carcassonne, et de Pontarlier hier encore, avec un scénario animé pour la victoire en solitaire de l’Australien Kaden Groves. Il restait aussi l’éternelle ambiance bon enfant que quelques incidents n’ont pas réussi à ternir, et les splendeurs de la France traversée, ce cher pays qui est d’abord une merveilleuse géographie…
L’hégémonie du champion suscite son lot de critiques
C’est finalement l’humeur de Pogacar qui a été duale, joyeusement à l’assaut, puis lassé quand le ressort fut cassé. C’est dans l’histoire qu’il joue désormais : il va rejoindre Chris Froome avec quatre Tours au compteur et lorgnera l’an prochain Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain, tous quintuples lauréats. Comme chaque hégémonie, celle du champion du monde suscite son lot de critiques – dont l’inévitable suspicion, qui demeure accolée à des performances dont le niveau croît de manière sidérante… C’est aussi le lot des plus grands : qu’ils écrasent tout ou se retiennent, est-on jamais content ? Pogacar a l’occasion de succéder ce dimanche à Bernard Hinault (le seul à s’être imposé en maillot jaune sur les Champs-Élysées, en 1979 et 1982) au terme d’une ultime étape corsée par le triple passage inédit par la rue Lepic, magnifiée il y a un an par la course olympique… L’histoire de son sport, qu’il admet méconnaître, lui tend les bras, une dernière fois… cet été. Allez, c’est bientôt fini !
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