Le JDD. Comment expliquez-vous que des violences aussi graves frappent désormais des villes jusque-là considérées comme tranquilles, à l’image de Béziers ?
Robert Ménard. La première chose à dire, c’est que la délinquance globale baisse à Béziers. Elle baisse depuis que je suis arrivé à la mairie, et elle continue de baisser. Ce ne sont pas mes chiffres, ce sont ceux de la Police nationale. La deuxième chose, c’est qu’il y a un vrai problème avec le trafic de drogue. Avant, ça touchait surtout les grandes villes. Aujourd’hui, ça touche tout le monde, y compris les zones rurales. À Béziers, on voit un développement massif du cannabis… mais aussi de la cocaïne, et là, c’est exponentiel.
Quel est le profil de ceux qui participent à ces violences ?
Ces fauteurs de troubles sont de plus en plus jeunes : 15, 14, parfois 13 ans. Et 80 % d’entre eux sont issus de l’immigration. Il suffit de regarder les patronymes. Au-delà de l’ensauvagement, le trafic, c’est aussi un moyen de gagner de l’argent sans travailler. Et pas seulement pour le dealer : ça fait vivre, parfois, des familles entières.
Comment répondez-vous à cela, à votre échelle ?
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La réponse n’est pas satisfaisante. On a besoin de plus de policiers. À Béziers, quand je suis arrivé, il y avait 34 policiers municipaux. Aujourd’hui, ils sont 130. À l’époque, ils n’étaient pas armés, ne travaillaient ni le soir ni le week-end. Aujourd’hui, ils sont armés, ils travaillent 24 heures sur 24, 365 jours par an.
Ces violences sont-elles une forme de représailles à votre politique sécuritaire ?
Évidemment. Et ce n’est pas moi qui le dis, c’est eux. Les polices municipale et nationale ont, ces dernières semaines, interpellé et incarcéré plusieurs jeunes. Leur réponse : « Vous nous emmerdez, on vous fout le bordel. » Autrement dit, si vous voulez la paix, laissez-nous tranquilles. Mais ça ne marche pas comme ça.
Malgré le renforcement de vos effectifs et les outils déployés, les violences continuent. Que manque-t-il encore à votre police municipale ?
Il faut donner plus de pouvoirs à la police municipale. Aujourd’hui, ces agents n’ont même pas le droit de contrôler une identité, d’ouvrir un coffre, ni d’accéder aux fichiers des voitures volées. Et pourtant, ce sont eux qui arrivent les premiers sur les scènes d’intervention ! On ne peut pas leur demander d’être en première ligne sans leur donner les outils.
« Je n’en peux plus des lois comme celle de Mme Belloubet qui permettent un réaménagement automatique des peines pour les condamnations inférieures à un an »
Au-delà des moyens, est-ce le cadre légal lui-même qu’il faut revoir pour faire face à cette nouvelle violence ?
Ce n’est même plus une question. Quand vous êtes condamné à un mois ou trois mois de prison, vous devez les faire. Point. Je n’en peux plus des lois comme celle de Mme Belloubet qui permettent un réaménagement automatique des peines pour les condamnations inférieures à un an. Résultat : des délinquants savent très bien qu’ils ne mettront jamais un pied en prison. C’est aberrant. Il faut que les peines soient appliquées. C’est juste du bon sens.
Depuis votre échange avec Emmanuel Macron sur ces enjeux de sécurité, avez-vous constaté des avancées concrètes ?
Rien. Même si j’ai bon espoir qu’un projet de loi sur les pouvoirs de la police municipale soit étudié à l’automne. Mais quand ? Et avec quelle volonté réelle ? Sur les prisons, j’ai vu Gérald Darmanin, j’ai échangé des SMS avec le chef de l’État. Je lui ai demandé : « Où on en est ? » Il m’a répondu : « C’est en cours. » Mais ça veut dire quoi, en cours ? Dans mon administration, quand on me dit ça, c’est qu’il n’y a pas de réponse. Et ça, c’est insupportable.
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