« Bloquons tout le 10 septembre », les messages fusent de façon désorganisée sur le canal Telegram. Ils sont nombreux à vouloir se rendre utiles. « Je veux bien être le porte-parole », lance l’un d’eux, sous pseudo. Un autre renchérit : « J’ai fait des affiches par IA à coller partout en France ! » « C’est fade et moche », lui répond-on.
Mais derrière cette apparente pagaille, une utilisatrice surnommée Camille Dupont, très active, tente d’apporter un peu d’ordre. C’est elle qui est à l’origine des différents canaux : communication, médias, logistique… Elle accepte de répondre à nos questions, à condition qu’elles lui soient envoyées par écrit. Elle jure ne pas être l’organisatrice, « la mobilisation du 10 septembre étant un mouvement organique, sans structure définitive pour l’instant ». Quant à une éventuelle orientation politique ? « Ce serait dangereux de se laisser récupérer par un parti », affirme Camille Dupont, tout en ne fermant pas la porte à un « soutien logistique ».
Né le lendemain des annonces budgétaires de François Bayrou, l’appel au blocage du 10 septembre se veut une réponse aux efforts demandés par le Premier ministre, notamment la suppression de deux jours fériés. Un site internet, désactivé puis réactivé, intime aux Français de ne plus consommer ni travailler ce jour-là, et revendique un « boycott total » censé faire comprendre au gouvernement que « nous ne sommes plus des vaches à lait ».
Du côté de Beauvau, le mouvement fait l’objet d’une intense surveillance
Selon une source bien informée, si cet appel à la mobilisation est bien « spontané », il agrège autour de lui d’anciennes figures autoproclamées des Gilets jaunes désormais étiquetées très à gauche, comme Jérôme Rodrigues ou Ritchy Thibaut. Ils se sont empressés, dès le premier jour, de relayer l’appel sur leurs réseaux sociaux. Sur les canaux de communication, les éléments de langage transmis, eux aussi, laissent transparaître une coloration plutôt à gauche.
Rhétorique anti-milliardaires, appels à « saisir et collectiviser » les usines LVMH, traque des « nazis infiltrés », les échanges laissent peu de place à la critique de l’impôt, motif pourtant central de la colère initiale et spontanée des Gilets jaunes – qui avait éclaté après l’annonce par l’exécutif d’une nouvelle taxe sur l’essence. Rien à voir non plus avec la colère fiscale qui s’exprime par le mouvement virtuel « Nicolas qui paie » en référence à l’archétype de l’actif écrasé par l’impôt et les cotisations. « Je ne corresponds pas du tout au cliché de ce Nicolas », confirme Camille Dupont.
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Si les administrateurs du groupe, tous anonymes, défendent une « mobilisation pacifique », les modes d’action prônés rappellent ceux de l’écologie radicale. Désobéissance civile, « ralentissement volontaire des services publics » ou encore « occupation de lieux symboliques comme les préfectures, mairies ou les antennes CAF ». Une carte des rassemblements a d’ores et déjà été publiée, et la totalité du territoire est concernée.
Du côté de Beauvau, l’heure n’est pas à l’appréhension tant l’ampleur de la mobilisation reste difficile à envisager, mais le mouvement fait toutefois l’objet d’une « intense surveillance ». Parallèlement à cette éventuelle journée de blocage du 10 septembre, une intersyndicale, composée notamment de la CGT et de la CFDT, appelle déjà à manifester dès la rentrée.
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