
Il sera question cette semaine de saut à la perche pour saluer une performance passée sous les radars, mais ô combien symbolique et valeureuse. Dimanche dernier, en Pologne, Renaud Lavillenie s’est qualifié pour les prochains Mondiaux d’athlétisme au Japon en franchissant 5,82 mètres dès le premier essai. Venant de l’ancien recordman du monde (6,16 m) avant l’avènement de l’incroyable Armand Duplantis, rien de plus normal a priori. Et pourtant, cela a tout d’un exploit.
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Car les années passent : à Tokyo l’automne prochain, le Clermontois fêtera ses 39 ans, ce qui fait de lui l’un des vétérans toutes époques confondues de cette discipline qui requiert, en un fol condensé d’une dizaine de secondes, de l’explosivité, de la vitesse, de la détente, de la souplesse et un gainage abdominal hors du commun – sans oublier un goût du risque proche de la cascade quand on se retrouve tout là-haut les jambes au-dessus de la tête.
L’inoubliable champion olympique de Londres en 2012 grâce à un saut de despérado à 5,97 mètres a connu une carrière aussi glorieuse que heurtée, avec une pelletée de titres mondiaux (en salle), européens (trois sacres) et domestiques (18 fois champion de France !) amassés malgré les blessures : mauvaises chutes, genou, cuisse, cheville… Plusieurs fois, on a cru que le mauvais sort allait avoir raison d’un des plus grands champions de l’histoire de l’athlétisme et du sport national.
L’été dernier, quand il n’était pas parvenu à se qualifier pour les JO de Paris, de nombreux observateurs annonçaient l’inexorable crépuscule du voltigeur en chef. C’était mal le connaître : une fois passé le coup de blues, l’homme qui possède un sautoir dans son jardin a assuré qu’il lui était « impossible de ne pas penser à Los Angeles 2028 » et s’est remis au boulot, franchissant cet hiver en salle 5,91 m, ce qui le place pour l’instant au quatrième rang planétaire cette année.
Personnalité discrète et qui ne donne pas facilement sa confiance, Renaud Lavillenie a longtemps pâti d’une image un peu sèche et arrogante. Pour avoir eu la chance de voyager à ses côtés au retour des Mondiaux de Moscou en 2013, où il avait raté l’or de peu, j’ai le souvenir d’une conversation franche et fertile avec un champion passionné qui a depuis créé le « All-Star Perche », incontournable rendez-vous de promotion de cette formidable discipline. Armand Duplantis l’aime comme un grand frère, et le sport français devrait s’en inspirer.
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