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Les confessions de Jacques Henric : «Je me suis fait une réputation de foutu réactionnaire»



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24 Juin 2025
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Les confessions de Jacques Henric : «Je me suis fait une réputation de foutu réactionnaire»
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Communiste, maoïste pour une brève période, mais jamais « de gauche », Jacques Henric a régné pendant plusieurs décennies aux côtés de Catherine Millet, sa compagne, sur le monde artistique et culturel français du haut de ses éditoriaux dans Art Press, revue de référence sur le monde de l’art contemporain. À ce titre, son Journal est un document exceptionnel : un panorama des idées, un précis de lectures. Ajoutons que ne sont pas passés sous silence, et c’est tout l’intérêt de ce texte, les intrigues politiques, le jeu des egos, les provocations, les luttes de pouvoir fratricides, les conflits œdipiens. Dans le marigot des lettres et des arts, il n’y a pas de place pour plusieurs crocodiles, d’où les bagarres ! Jacques Henric ne voile rien des bas instincts de ses personnages, rien encore de leur vie intime. Il est cash, comme on dit aujourd’hui. C’est l’envers du décor qui se déploie sur plus de 500 pages. Et c’est captivant. Rencontre avec un profanateur.

Le JDD. Dans votre Journal (1971-2015) défilent Godard, Barthes, Lacan, Kundera, Sollers, Genet, Philippe Muray, Bataille, Guyotat, Warhol, Houellebecq, Denis Roche, César, Klossowski et j’en passe… Vous avez participé, comme protagoniste, à l’aventure littéraire de la seconde moitié du XXe siècle. Pourquoi considérer ces artistes, dont vous êtes, comme des « profanateurs » ?

Jacques Henric. Je rappelle que le mot « profanateur » est à prendre dans son sens premier, rappelé par Giorgio Agamben : celui qui occupe un espace dit profane par opposition à un espace dit sacré (lieu des grands textes religieux du monde). Or, c’est dans l’espace profane que se déploient la littérature, la philosophie, les arts. Il est vrai que j’ai donné à ce mot une signification plus polémique : je désigne ainsi des communautés d’écrivains et d’artistes qui ont marqué des ruptures dans le champ propre de leur activité. Pour le XXe siècle, les surréalistes qui, après Dada, mirent une belle pagaille dans l’idée qu’on se faisait de la poésie et des arts. Puis il y eut le Nouveau roman, qui remit en question la conception traditionnelle du roman dix-neuviémiste. Au cinéma, ce fut la Nouvelle Vague, avec Godard. Enfin vint Tel Quel, au début des années 1960, dont l’aventure occupe une grande partie de mon journal.

Avec lesquels des profanateurs avez-vous été le plus ami ?

Avec plusieurs de ma génération bien sûr, celle née pour beaucoup d’entre nous avant la Seconde Guerre mondiale, puis, n’oublions pas, contemporains de la guerre d’Algérie, Sollers, Guyotat et Denis Roche notamment. En dépit de nos bagarres, souvent à caractère politique, ce qui nous réunissait, c’était un certain esprit d’enfance que nous avions gardé et qui nous faisait nous conduire parfois comme d’affreux jojos, jugez-en par les farces pas toujours d’un très bon goût que nous jouions en direction de grands aînés que nous ne portions pas dans notre cœur. Sollers est l’homme avec qui j’ai le plus ri dans ma vie. Quant à Pierre Guyotat, l’image que j’en donne, contre toute attente, est celle d’un écrivain dont l’œuvre présente souvent une dimension comique parfaitement assumée.

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Vous écrivez avoir « sévèrement déconné » en politique. En quoi ?

Maintenant que vous me posez cette question, j’ai envie de vous répondre que nous n’avons pas tant « déconné » que ça. Vous faites allusion à nos engagements communistes et maoïstes, ceux-ci de courte durée et plutôt folklos, mais qu’on doit néanmoins assumer. Pour l’adolescent d’après-guerre que j’étais, le Parti communiste avait joué un grand rôle dans la Résistance, et, en tant que parti, il fut plus tard le seul à s’opposer à la « sale guerre » d’Algérie, comme on l’appelait. Dois-je rappeler ce que fut la politique honteuse de la social-démocratie (Mitterrand) et que, sans de Gaulle, on ne s’en serait pas sortis ? J’ai été, au début des années 1960, le lien entre les communistes et Tel Quel, un parti dit d’avant-garde politique aux côtés d’une dite « avant-garde littéraire ». J’ajoute que les surréalistes n’ont pas fait mieux que nous, Breton et le trotskisme, pas brillant, ou Aragon, Éluard écrivant des vers débiles sur Staline et Thorez. Nous écrivions, nous, sur Sade, Rimbaud, Lautréamont, Artaud, Bataille… et n’avons jamais offert d’odes au président Mao.

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Sollers est allé plus loin que vous sur Mao, sans jamais véritablement s’expliquer, d’ailleurs…

Dès les premières pages de mon Journal, nous sommes au début des années 1970. Il est clair pour le lecteur que Pierre Guyotat et moi (les seuls à avoir été membres du Parti communiste, moi depuis longtemps, depuis l’âge de 15 ans, Pierre beaucoup plus tard), nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde que Sollers et quelques autres membres de Tel Quel. Nous ne partageons pas leur enthousiasme et parfois leurs délires pour la grande révolution culturelle chinoise mais y voyons trop un retour au bon vieux stalinisme que nous combattions déjà à l’intérieur du PC. Entre nous, en dépit de toute l’amitié et l’admiration que nous avions pour Sollers et certains de ses proches collaborateurs, nous nous moquions de l’engouement de ces fils de bourgeois pour le président Mao et sa sinistre épouse. Le malaise s’est vite installé entre nous et je raconte comment le conflit larvé avec eux a dégénéré.

On a vu se développer dans le bureau de Tel Quel, aux éditions du Seuil, une campagne d’affichage mimant celle qui se développait massivement en Chine où étaient dénoncés les « ennemis de classe ». C’est ainsi que, lors de nos passages dans le bureau, nous avions la surprise de voir sur les murs des dazibaos nous clouant au pilori.

Il me semble que vous n’avez pas eu le même parcours politique que Sollers. Avec Jean-Edern Hallier et Jean-René Huguenin, Tel Quel a vu le jour à droite, non ?

En effet, et pour certains il s’agissait d’une droite dure. Il est vrai qu’assez vite, ils ont été éliminés et la revue est passée à gauche. Elle a été, la revue, plus gauchiste que jamais en Mai-68, mouvement dont Sollers s’est toujours réclamé. Je précise, non pas lors des événements, mais plus tard, car il me faut remettre les pendules à l’heure. La révolte étudiante, Pierre Guyotat, mon camarade Ivankov et moi, nous la soutenions, quand Sollers, lui, et Marcelin Pleynet étaient du côté du PC et de la CGT. Il y eut beaucoup de palinodies lors de nos engagements politiques. L’origine de nos affrontements qui, avec le temps, peuvent parfois paraître un peu ridicules, on peut sans doute la trouver dans ce qu’on appelait « l’origine de classe ».

« Ma conviction est que Sollers a toujours été un homme de droite »

Ce n’est pas nouveau, on sait, depuis la Révolution française, que les dirigeants des révolutions qui ont suivi dans le monde entier, comme à Cuba, étaient issus de la bourgeoisie. Ma conviction aujourd’hui est que Sollers, pour l’avoir fréquenté pendant près de soixante ans, a toujours été, fondamentalement, un homme de droite. Son catholicisme a probablement été pour lui une boussole et l’a protégé de dérapages plus sérieux. Les démons révolutionnaires qui ont proliféré sous le soleil de Satan, pour reprendre le titre d’un roman de Bernanos, ont été écrasés à temps sous le pied de l’ange gardien sollersien.

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Pensez-vous, avec le recul, que Tel Quel a eu une influence politique ?

Évidemment, non. Mais littéraire oui, si l’on en juge par la violence des attaques dont ce dernier mouvement d’avant-garde a été l’objet pendant des années. À ce propos, je voudrais faire un retour à nos engagements politiques qui, en vérité, avaient une raison plus profonde, et j’en reviens à notre hostilité à l’encontre de la social-démocratie française. Il faut savoir que, lorsque Tel Quel paraît, la presse de droite l’ignore (nos références, Sade, Artaud, Bataille, Freud, le sexe ont de quoi la refroidir…), mais la presse de gauche, elle, nous conchie ; seule la presse communiste (où j’écris alors) apporte son soutien à Tel Quel. Les raisons ? Bien que staliniens, les communistes avaient conservé dans un coin de leur cervelle le souvenir de ce qu’avaient été, après la révolution bolchevique, les grandes avant-gardes littéraires et artistiques russes ; et puis il y avait la présence d’Aragon, et quels que furent les conflits qui nous opposèrent à lui, Sollers et moi, nous avons souvent constaté qu’il n’avait pas tout à fait oublié son passé surréaliste. Et demandons-nous pourquoi un ancien dadaïste comme Tristan Tzara, ou Philippe Soupault, que j’ai connu, ancien ami d’André Breton, s’étaient vers la fin de leur vie inscrits au Parti communiste. J’insiste : qui, en effet, nous attaquait à cette époque ? La presse de gauche, Le Monde, notamment.

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Vous êtes-vous censuré ?

Non, je ne crois pas. J’ai coupé tout ce qui touchait au train-train de la vie quotidienne pour ne garder que ce qui concernait la politique, la littérature et la sexualité. Elias Canetti, dans son livre La Conscience des mots, a écrit que le journal tenu par un écrivain ne devait surtout pas être envisagé « posthume, sinon on le falsifierait et s’y autocensurerait ». Un tel journal a donc toutes les chances de se présenter souvent comme « pas poli et violent ».

Pourquoi n’y a-t-il plus d’avant-gardes aujourd’hui ?

Guy Debord a déjà répondu : « Les avant-gardes ont fait leur temps, c’est le plus heureux qu’il peut leur arriver. Après elles engagent des opérations sur un plus vaste théâtre. » Peut-être, en dépit d’une production romanesque plutôt médiocre, y sommes-nous. Notre expérience, vécue par Catherine Millet et moi, est que se manifeste autour de nous, notamment à Art Press, une génération très brillante de jeunes auteurs de livres de fiction ou d’essais, je pense à Felix Macherez, Colin Lemoine, Thomas Schlesser, Pauline Mari, Pierre Chardot, Olivier Rachet, Guillaume Basquin, sans oublier de plus âgés comme Philippe Bordas et Mehdi Belkacem.

On connaît votre lien avec Richard Millet. Le considérez-vous comme un véritable profanateur ?

Je le prendrais plutôt, depuis la honteuse pétition lancée contre lui par Annie Ernaux, pour un maudit. Mais profanateur ? Oui, aussi, et même à double titre, puisque comme catholique, il a affaire à la sphère du sacré, et comme écrivain, il opère dans la sphère du profane. C’est le cas de ces autres grands romanciers ou poètes catholiques que sont Péguy, Claudel, Bernanos, Bloy, Mauriac, Flannery O’Connor, Chesterton, les scandaleux Baudelaire et Julien Green…

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Vous décrivez par ailleurs parfaitement, dans ce Journal, à l’année 2001, les réceptions conjointes du livre de votre femme Catherine Millet, La Vie sexuelle de Catherine M., et du vôtre, Légendes de Catherine M. D’où l’on s’aperçoit que c’est une presse encore plus à gauche, comme Libération ou Le Nouvel Observateur, qui se déchaîne contre vous. Le puritanisme serait-il désormais de gauche ?

Et que dire aujourd’hui de la vague de dinguerie woke qui nous submerge ?

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À la date du 17 mars 1997, vous écriviez : « César vient dîner et doit signer sa compression. Sans sa signature, Catherine et moi ne serions en possession que d’un tas de ferraille pesant 800 kilos et ne valant que le prix de la ferraille. Miracle de l’art contemporain. » Est-ce vraiment votre vision de l’art contemporain dont, par ailleurs, Philippe Sollers disait le plus grand mal ?

Le terme « art contemporain » ne veut pas dire grand-chose, il désigne à la fois le meilleur et le pire de la création artistique de l’époque. La revue de Catherine Millet, Art Press, qui entretenait des liens très étroits avec Tel Quel, en a défendu le meilleur, mais il est vrai qu’à mes yeux, certains courants qui s’y manifestaient me semblaient totalement débiles et farfelus. Notamment ce qu’on appelait « art conceptuel ». Sur ces productions, Philippe Muray et moi-même portions le même jugement. En 1983, j’ai publié un essai polémique, La Peinture et le mal, une réflexion sur ce que la grande peinture, qui va de Titien à Cézanne, devait à la notion du mal telle que la théologie catholique l’avait définie à partir du péché originel. Ai-je absolument besoin de vous dire que, dans mon milieu, je me suis fait une réputation de foutu réactionnaire ? Mais j’ai la grande satisfaction de voir que ce livre trouve aujourd’hui de nouveaux lecteurs.


Les Profanateurs, Journal (1971-2015), Jacques Henric, Plon, 544 pages, 30 euros.

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