En matière de capillotractage, le député Boris Vallaud n’a rien à envier à un contremaître de chantier. Avant même l’échec du conclave, il y a une semaine, l’inquisiteur des Landes sommait le Premier ministre de soumettre à nouveau la réforme des retraites au Parlement. Ce dernier rappelait que ce serait bien le cas… en cas d’accord. Mais comme il l’avait précisé dès l’hiver, en cas d’échec, la réforme s’appliquerait dans sa version initiale.
« Mensonge ! » conclut l’inquisiteur, obsédé par « sa » censure. Troisième homme du congrès socialiste, piteusement revenu dans la roue d’Olivier Faure pour lui permettre une brillante réélection à 500 voix près, Boris revient et il n’est pas content. Chargé par son maître de bien vite panser la plaie d’un parti toujours fracturé autour de la question de l’alliance avec La France insoumise, Vallaud a donc monté le son plein pot sur la censure pour ressouder le groupe derrière la direction du parti. Une censure à usage interne donc, dont la vacuité est mise en lumière par la posture, tout en retenue, du RN.
« Le RN emprunte une voie raisonnable qui peu surprendre, mais illustre parfaitement sa stratégie de normalisation »
Question simple posée sur France Inter par Sébastien Chenu quant à l’intérêt de voter la censure : « Quel bénéfice en tirer pour les Français ? » Réponse : « Aucun. » Quand bien même le gouvernement Bayrou serait renversé, la réforme des retraites s’appliquerait. Avec un effet immédiat : le retour de l’instabilité, de l’incertitude, voire le risque d’une nouvelle dissolution. Au terme d’une année durant laquelle les Français ont voté à deux reprises, faut-il prendre le risque de gâcher leur repos estival, sans JO dans la foulée pour s’enivrer collectivement et s’extraire des angoisses du quotidien ?
Face à un PS d’apparatchik, centré sur sa tambouille interne, indifférent au regard des Français, le RN emprunte une voie raisonnable qui peu surprendre, mais illustre parfaitement sa stratégie de normalisation, visant notamment à rassurer et séduire les électorats retraités et fonctionnaires. Le moment de vérité, désigné par Sébastien Chenu, est le budget.
Selon une méthode claire et cohérente : mi-juillet, François Bayrou annonce les grandes lignes de son budget. Septembre : le RN détaille ses lignes rouges, les ajouts et amendements qu’il défend. Sur la base de leur prise en compte, il décide ou non de censurer. « Ou non ? » Oui, il y a même une hypothèse, qu’à ce stade le vice-président du RN ne développe pas, dans laquelle son parti ne censurerait pas.
La suite après cette publicité
Sans doute très mince hypothèse, mais là encore, en opposant à ses contempteurs « qu’il n’y a pas de censure automatique », c’est la voix de la raison dont le RN se pare, faisant le pari que ses électeurs les plus énervés ne lui en feront pas le reproche. Le RN se rapproche depuis 25 ans du pouvoir. Il peut bien encore patienter deux ans, et mettre à profit le temps qu’il lui reste, à sécuriser les fondamentaux d’une campagne qu’il espère victorieuse.
Source : Lire Plus






