
Le 5 mai 2023, Halima et Fatima Zerhouni, deux sœurs originaires des Salles-du-Gardon, dans le Gard, ont été tuées à l’arme blanche par Mohamed O., mari de la première. Un an plus tard, alors que l’accusé doit être jugé devant la cour d’assises de Nîmes, la famille des victimes dénonce des défaillances de l’État. Dans des témoignages recueillis par Le Figaro, les proches pointent du doigt un « dysfonctionnement administratif » qui aurait permis au suspect, fiché S et sous le coup de deux obligations de quitter le territoire (OQTF), de rester en France.
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Arrivé en 2020 sur le sol français, Mohamed O., ressortissant marocain, avait épousé Halima en décembre 2021. Une union que la famille regrette amèrement. « Ce monsieur n’avait rien à faire en France ! Si on l’avait su, jamais de la vie Halima ne l’aurait épousé », s’indigne Rachid, frère des deux victimes, qui a depuis déposé plainte contre l’État. Halima, 26 ans, atteinte de sclérose en plaques, avait quitté leur domicile conjugal de Cavaillon fin 2022 après avoir signalé des menaces aux forces de l’ordre. Elle s’était réfugiée chez sa sœur, Fatima, dans le Gard, avec sa fillette de 10 mois.
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Le drame se joue le matin du 5 mai 2023. Une violente dispute éclate dans la maison familiale. Mohamed O. s’empare d’un couteau, poignarde Fatima à quatorze reprises, avant de trancher la gorge de son épouse, sous les yeux de leur enfant. C’est une esthéticienne venue pour un soin à domicile qui conduit ensuite l’homme au commissariat, à sa demande. Durant le trajet, il lui aurait expliqué avoir voulu « protéger sa fille », estimant que la famille de sa femme faisait obstacle à leur lien.
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Deux OQTF, une fiche S et un mariage
Selon Le Figaro, la famille découvre après les faits que Mohamed O. avait déjà été visé par deux OQTF, en 2019 et 2021, et qu’il était fiché S pour radicalisation. « Il n’a jamais parlé de ça, il faisait tout pour cacher son passé », raconte Rachid. D’après la famille, il aurait même déjà contracté un premier mariage en France, rompu au bout d’un an. Son visa n’avait pas été renouvelé. « Il ne parlait que des papiers qu’il aurait en tant que père d’un enfant français », poursuit le frère. La tension monte quand Fatima découvre qu’il vide le compte bancaire d’Halima, dépensant sa pension d’invalidité et envoyant de l’argent au Maroc, mais surtout qu’il a dissimulé son statut irrégulier.
Jugé pour meurtres aggravés
Jugé pour meurtres aggravés et violences volontaires sur témoin, Mohamed O. n’était jusque-là connu de la justice que pour une condamnation pour défaut de permis de conduire. Le parquet de Nîmes avait alors souligné que les tensions familiales étaient alimentées par la situation irrégulière du suspect, renvoyée au cœur des disputes par sa belle-famille.
Une affaire qui relance le débat sur les OQTF
Ce fait divers dramatique intervient alors que l’Assemblée nationale doit examiner ce jeudi une proposition de loi visant à interdire les mariages entre Français et étrangers en situation irrégulière. Un texte porté par le sénateur centriste Stéphane Demilly, déjà adopté au Sénat en février. Soutenu par le gouvernement, il vise à combler les failles d’un système critiqué pour l’inefficacité de ses OQTF. Une mesure largement partagée au sein de la population : 73 % des Français souhaitent interdire les mariages entre Français et étrangers en situation irrégulière, selon un sondage de l’institut CSA pour CNews, Europe 1 et le JDD.
« Le minimum, c’est de ne pas autoriser ces mariages, lance Rachid Zerhouni, toujours dans les colonnes du Figaro. « Nous, notre erreur, c’est d’avoir fait trop confiance. Mais il est évident que l’État est en faute. À quoi ça sert une OQTF, si on vous dit : “Vous n’avez pas le droit d’être là, mais puisque vous êtes là, bon, allez, on va vous marier !” »
Le procès de Mohamed O. s’ouvrira le 30 juin à Nîmes. La famille Zerhouni, elle, espère que leur drame pourra, au moins, servir d’alerte.
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