
Une grotte, dix-huit volontaires et quinze jours sans repère temporel. Depuis le 11 juin, l’expérienceDeep Time IIse déroule dans la grotte de Lombrives (Ariège). Un décor digne d’un film d’anticipation : 12 °C constants, 100 % d’humidité, et pas la moindre connexion au monde extérieur. Seuls, ou presque, les participants testent les effets d’une vie déconnectée, dans un noir quasi total.
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Derrière ce projet fou, un nom : Christian Clot. L’explorateur-chercheur avait déjà orchestré en 2021 une première version du projet, Deep Time I, où quinze personnes avaient passé 40 jours coupées de toute notion de temps. Cette fois, la mission est plus courte (15 jours), mais enrichie d’un volet artistique. Parmi les participants : une photographe, un chorégraphe, un sculpteur, un écrivain… tous prêts à créer dans l’obscurité.
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Objectif : comprendre comment le cerveau, le corps et l’imagination réagissent à la perte des repères temporels, dans un cadre collectif. Comment dort-on sans jour ni nuit ? Comment crée-t-on quand l’horloge n’a plus d’aiguilles ? Comment s’organise un tel groupe sans chronomètre ? Un processus censé permettre de se débarrasser des carcans qui entravent, dans nos sociétés, la liberté créatrice.
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Un précédent marquant en 2021
L’expérience Deep Time ne sort pas de nulle part. En mars 2021, quinze volontaires – huit hommes et sept femmes – s’étaient déjà enfermés pendant quarante jours dans la même grotte de Lombrives, sans lumière, sans montre, sans téléphone, ni contact avec l’extérieur. Le projet, baptisé Deep Time I, visait à observer comment l’humain s’adapte à un isolement extrême et à la désorientation temporelle.
À la sortie, les résultats avaient intrigué : certains participants avaient estimé être restés une vingtaine de jours, d’autres près de soixante. Aucun n’avait deviné correctement le temps écoulé. Plus marquant encore : l’apparition d’un « temps collectif », les membres du groupe s’étant accordés progressivement sur un rythme circadien commun… totalement déconnecté du réel. Le tout, sans conflits majeurs, et avec une capacité de coopération restée étonnamment stable.
Cette première mouture avait donné lieu à de nombreuses publications scientifiques, notamment sur les effets de la perte de repères temporels sur la cognition, le stress et la dynamique de groupe. Deep Time II s’inscrit dans la continuité, avec une volonté assumée de croiser recherche scientifique et processus de création.
Des données… et des œuvres
Chaque participant est suivi en continu : capteurs, tests cognitifs, gélules thermiques, tout est bon à mesurer. Les chercheurs observent les impacts de cette désynchronisation sur la mémoire, l’attention, le stress ou encore la créativité. Mais cette fois, ce ne sont pas que des chiffres qui ressortiront de la grotte : les artistes y créent des œuvres in situ, inspirées par cette expérience extrême.
Sans aucune image d’actualité, ni signal de l’extérieur
Le sculpteur Sébastien Langloys façonne 120 kg de terre. La photographe Laurence Piaget-Dubuis capte l’atmosphère avec du matériel argentique. Le tout, sans aucune image d’actualité, ni signal de l’extérieur. Ces créations seront exposées à l’automne à Paris et en Ariège.
Une expérience aux allures de laboratoire
Depuis plusieurs jours, l’expérience suscite curiosité… et fascination. Dans une époque marquée par l’hyperconnexion et l’urgence permanente, vivre sans téléphone, sans agenda et sans notifications relève presque de la science-fiction.
Et pourtant, les premiers retours confirment une forme de liberté : les participants évoquent un « retour à l’essentiel », un « apaisement intérieur », une création libérée du temps social. Pour Christian Clot, les comportements observés « rappellent ceux relevés en milieu gériatrique », preuve que l’absence de repères fragilise. Mais aussi qu’elle transforme.
Et ensuite ?
Le 27 juin, les volontaires sortiront de la grotte. Commencera alors une nouvelle phase : analyse des données, témoignages, finalisation des œuvres. L’ambition de Clot est claire : faire dialoguer science et art, corps et esprit, pour mieux comprendre comment nous nous adaptons au chaos temporel. Un projet à la croisée de la science, de la performance, et d’un monde où perdre la notion du temps est devenu… un luxe.
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