Ce jeudi 3 juillet, Emmanuel Macron s’était initialement déplacé à Roquefort-sur-Soulzon, dans l’Aveyron, pour soutenir son emblématique filière fromagère. Mais le chef de l’État a finalement profité de cette visite pour adresser un sévère recadrage à son Premier ministre et à son ministre de l’Intérieur. En cause, une tribune publiée la veille dans Le Figaro et cosignée par Bruno Retailleau, François-Xavier Bellamy et Julien Aubert, appelant à mettre fin aux subventions pour les énergies renouvelables – au profit du nucléaire.
Une prise de position qui a suscité la colère de la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher (qui dénonce un choix « irresponsable »), mais aussi celle du président de la République. « Ce n’est pas une bonne idée de dire qu’on ne va plus faire de renouvelable dans notre pays, qu’on ne va plus investir », a argué le locataire de l’Élysée en marge de son déplacement. Avant d’appeler chacun de ses ministres « à s’occuper des affaires pour lesquelles il [a été] nommé », un message à peine voilé adressé à Bruno Retailleau.
Mais le chef de l’État ne s’est pas arrêté là. François Bayrou a lui aussi eu droit à son rappel à l’ordre. La raison ? Il n’a pas recadré le patron de la place Beauvau. « Un Premier ministre doit diriger son gouvernement », a martelé Emmanuel Macron, insistant sur la nécessité de « discipliner la parole » gouvernementale. Une remarque qui n’est pas sans rappeler des épisodes de son propre passé…
Il y a dix ans, l’arroseur Macron était lui-même arrosé par le président de l’époque, François Hollande. En septembre 2015, alors ministre de l’Économie, l’énarque s’était attiré les foudres du Premier ministre d’alors, Manuel Valls et du chef d’État socialiste, qui l’exhortaient à « maîtriser la parole gouvernementale » et à « ne pas ouvrir des débats qui n’étaient pas prévus à l’agenda ». En cause, des propos jugés inopportuns, affirmant qu’il ne voulait pas devenir député en 2017 et critiquant le « cursus honorum d’un ancien temps ».
À l’époque, les remontrances d’un président impopulaire envers un ministre en pleine ascension s’étaient révélées contreproductives
Quelques mois plus tard, en avril 2016, en déplacement à Londres, Emmanuel Macron annonçait que l’exécutif avait décidé de suspendre certaines réformes au motif qu’il était difficile d’en lancer à la fin d’un quinquennat. François Hollande avait immédiatement réagi sur France 2, promettant de poursuivre ses réformes jusqu’au « dernier jour » de son mandat, tout en rappelant sèchement que son ministre devait se montrer loyal, « non seulement hiérarchiquement, mais aussi personnellement et politiquement ».
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Les velléités présidentielles d’Emmanuel Macron lui ont enfin valu un troisième recadrage, à l’été 2016. Alors que les meetings de celui qui allait gagner la prochaine élection présidentielle se multipliaient, Hollande rappelait les règles du jeu : solidarité gouvernementale, esprit d’équipe et loyauté. Et le Corrézien de menacer son ministre : « Respecter ces règles, c’est rester au gouvernement, ne pas les respecter c’est ne pas y rester […] Je n’en dirai pas davantage sur ce sujet, chacun maintenant est informé. »
Dix ans après avoir été dans la peau du jeune ministre recadré, Emmanuel Macron se retrouve en président qui sermonne. Mais il ne semble pas avoir tiré les leçons du passé. À l’époque, les remontrances d’un président impopulaire envers un ministre en pleine ascension s’étaient révélées contreproductives. Car c’est bien Emmanuel Macron qui a remporté la présidentielle de 2017. À bon entendeur.
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