À Varsovie, la question n’est plus de savoir si la coalition actuellement au pouvoir va exploser. Mais quand et comment. Petit répit pour Donald Tusk : le voilà déchargé de la présidence tournante de l’Union européenne que la Pologne assurait depuis janvier. En conférence de presse, le Premier ministre ne cachait pas sa joie d’en finir avec ce fardeau : « Vous serez peut-être tous surpris, mais je ressens un grand soulagement. Je l’envisage d’un point de vue égoïste, mais je me concentre avant tout sur ce qui se passe dans notre pays. » Et il n’a pas une minute à perdre !
Karol Nawrocki, fraîchement élu président de la République en mai dernier, adoubé par l’aile dure du PiS, le parti conservateur, prendra ses fonctions en août. Détenteur du veto présidentiel et d’une armée militante galvanisée, il compte rendre la vie impossible à ce Premier ministre de cohabitation, alors même que constitutionnellement il ne peut pas dissoudre la Diète.
Tusk n’a jamais eu la partie facile. Andrzej Duda, le président sortant, a usé et abusé du veto, bloquant les projets de loi sur la justice, les médias publics ou les fonds européens. Sauf que fort de sa victoire au suffrage universel, Nawrocki ne compte plus seulement le neutraliser. Il veut sa chute.
Donald Tusk le sait. Il sait aussi qu’il n’a plus derrière lui le peuple qui l’avait rappelé de Bruxelles, en 2023, comme un sauveur. Sa popularité s’est effondrée. À peine 20 % des Polonais se disent satisfaits. Quand il a convoqué un vote de confiance le 11 juin, Donald Tusk a voulu resserrer les rangs. Il l’a remporté mais son geste a trahi ce que tout le monde savait déjà : il doute de lui-même mais aussi de sa légitimité.
Chaque semaine rapproche la Pologne du bras de fer institutionnel. Le camp conservateur affûte la rupture. Nawrocki pourrait imposer un successeur à Tusk, venu du PiS. Après trois refus par la Diète, des élections anticipées s’imposeraient. Un plan coûteux en temps et en énergie, mais assumé. Les conservateurs restent favoris dans les sondages, à condition toutefois de s’adosser à Konfederacja, l’aile radicale d’une droite nationale qui ne cesse de gagner du terrain. Pour y parvenir, le PiS entend précipiter l’effondrement du gouvernement à coups d’événements soigneusement provoqués.
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Le PiS entend précipiter l’effondrement du gouvernement
Dans les médias, la rhétorique de « l’État profond » tourne en boucle. Dans les régions, les voïvodes – ces gouverneurs nommés par le gouvernement central et fidèles au PiS – mettent la pression sur les administrations locales. Dans la rue, des organisations catholiques et nationalistes orchestrent des « marches spontanées » qui ressemblent de plus en plus à des démonstrations de force coordonnées. Kaczynski, patron du PiS depuis 2003, a été réélu la semaine dernière à la tête du parti qu’il a fondé. Animal politique redoutable, mais diminué physiquement (il a 76 ans), il rêve d’adopter une nouvelle Constitution donnant davantage de pouvoirs au président.
Alors pourquoi Tusk reste-t-il ? Pourquoi cet entêtement ? Parce qu’il refuse d’être celui qui livrerait la Pologne à l’« illibéralisme ». Partir, ce serait donner raison au PiS et accréditer leur refrain : « Vous voyez, le libéralisme ne tient jamais. » Par calcul aussi : il sait Kaczynski vieillissant, Nawrocki encore fragile, et Konfederacja prête à dévorer le PiS. Ce n’est plus un simple mandat. C’est une bataille pour la survie politique.
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