Le JDD. François Bayrou doit présenter les grandes orientations du budget 2026 le 15 juillet prochain. Le RN est-il prêt à censurer son gouvernement dès juillet si les efforts demandés ne vous conviennent pas ?
Sébastien Chenu. François Bayrou va exposer des pistes. Nous verrons ce que nous pouvons obtenir ou empêcher. Notre logique est simple : protéger les Français et contrer ce qui les menace. Aujourd’hui, je l’ignore encore, car on entend tout et son contraire. Une année blanche, des coups de rabot… Mais toujours rien sur l’Union européenne, rien sur l’immigration, rien sur une fiscalité vraiment revisitée. Si le gouvernement choisit d’aller, directement ou non, chercher de l’argent dans la poche des Français, il prendra le chemin de la censure.
Face à un effort budgétaire de 40 milliards d’euros, quelles seraient vos lignes rouges ?
Je préfère parler de ce que nous voulons empêcher et obtenir. Empêcher une ponction sur le pouvoir d’achat des Français. Empêcher l’année blanche, qui n’est rien d’autre qu’un impôt déguisé. Acter une programmation pluriannuelle de l’énergie qui empêche l’explosion de la facture énergétique des ménages. Ouvrir enfin les dossiers tabous : le coût de l’immigration, celui de l’Union européenne. Si ces sujets ne sont pas abordés, alors rien ne change.
Yaël Braun-Pivet estime que les retraités doivent davantage contribuer à l’effort national. Il est vrai que ces derniers ont été relativement épargnés ces dernières années…
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Il faut cesser de ponctionner ceux qui travaillent, ont travaillé ou voudraient travailler. Leur pouvoir d’achat est déjà laminé. Alors non, il ne faut pas toucher à l’abattement de 10 % des retraités. Le projet de Bayrou repose sur une logique de coups de rabot, d’ajustements à la marge. Il faut changer de périmètre, changer de logique. Et ouvrir enfin les vrais dossiers : agences d’État, immigration, contribution à l’UE.
Avez-vous des mesures précises ?
Oui. Sur l’immigration, la priorité nationale pour l’accès à certaines prestations sociales : une économie possible de 5 milliards d’euros par an. L’audiovisuel public : 4 milliards. L’Aide médicale d’État : 1 milliard. La contribution européenne : 7 milliards. Une taxation des rachats d’actions : 8 milliards. Et puis il y a les symboles, comme le Conseil économique, social et environnemental, qui coûte 45 millions par an. Ce n’est pas cela qui sauvera le budget, mais on ne peut pas demander des sacrifices aux Français sans commencer par ces symboles.
Le Sénat propose de supprimer un certain nombre d’agences de l’État. Est-ce selon vous une priorité ?
Oui. Leurs coûts sont estimés entre 80 et 150 milliards d’euros. Fusionner, supprimer, rationaliser : tout doit être mis sur la table. L’État prélève beaucoup, répartit mal, et quand les services publics ne suivent plus, il ouvre des guichets pour distribuer des aides absurdes. Cette semaine encore, j’ai eu droit à une remise de 8 euros pour faire réparer mes chaussures : une subvention publique pour un cordonnier parisien. Franchement, est-ce bien sérieux ? Ce sont ces incohérences que nous devons affronter. Mais pour cela, il faut du courage politique – et je doute que ce gouvernement en soit capable.
« Nous voulons le pouvoir maintenant. Pas dans deux ans »
Alors pourquoi ne pas censurer ce gouvernement ?
Lorsque François Bayrou est arrivé, nous ne voulions pas provoquer une nouvelle crise politique immédiatement après avoir censuré Michel Barnier. Censurer pour censurer, cela n’a pas de sens. La réforme des retraites, par exemple, s’appliquerait toujours malgré une censure. En revanche, lors du dernier budget, nous avons obtenu le recul sur la désindexation des pensions et sur le déremboursement de certains médicaments. C’est concret. La seule question que se pose Marine Le Pen est celle de savoir ce que nous pouvons obtenir au bénéfice des Français via une censure.
Vous parlez de stratégie. Mais au fond, quel est l’objectif politique de cette pression ?
Soyons clairs : le grand rendez-vous, c’est en 2027 – sauf si Emmanuel Macron a le courage de dissoudre avant. Et il devrait. Parce que tout s’effondre. Le sablier est renversé : en matière économique, en matière sécuritaire, en matière migratoire. Le pays décroche. Nous n’avons plus le temps d’attendre. Et peut-être ne le dit-on pas assez, mais nous voulons le pouvoir maintenant, pas dans deux ans. Tout de suite. Pour changer de politique. L’urgence est telle que la dissolution est la seule issue démocratique viable.
Vous présidez la commission d’apurement des comptes de l’Assemblée nationale. Est-ce que l’Assemblée est elle-même un bon gestionnaire ?
Cette commission transpartisane travaille de manière constructive, avec deux objectifs : s’assurer que les comptes de l’Assemblée soient rigoureux et proposer des pistes d’amélioration. Globalement, la gestion est saine, mais il y a toujours des marges de progrès. Nous avons formulé des recommandations sur la transparence des frais de mission à l’étranger, sur le coût des cabinets ou encore sur la stratégie immobilière à moyen terme. Il faut que l’Assemblée donne l’exemple, y compris symboliquement. La démocratie a un coût, mais elle doit aussi faire preuve d’exemplarité dans la manière dont elle gère l’argent public.
Vous demandez un moratoire sur certains travaux ?
Oui, notamment sur les 30 à 50 millions prévus pour réaménager l’accueil des visiteurs. Ce n’est pas une priorité, mais ce serait un symbole fort que de repousser cette dépense. Cela montrerait que nous regardons avec attention les dépenses de l’État.
« Bruno Retailleau perd tous ses arbitrages »
La semaine politique a été occupée par le débat sur l’énergie. Le ministre de l’Intérieur plaide pour l’arrêt des subventions pour l’éolien et le photovoltaïque. Y êtes-vous favorable ?
C’est le théâtre de l’absurde. Le gouvernement est déchiré entre Bruno Retailleau et Agnès Pannier-Runacher. Retailleau perd tous ses arbitrages. Il a ouvert de nombreux dossiers… et les a tous refermés. Il n’y a pas d’autorité, pas de cohérence. Sur le fond, nous avons toujours été contre les subventions à l’éolien et au solaire. Le nucléaire est la seule solution. Le nucléaire est la solution la moins coûteuse et la plus propre.
François Bayrou a reporté le texte sur la proportionnelle. Un calcul pour vous dissuader de censurer ?
La ficelle est grosse. Nous voterons la proportionnelle, car nous y sommes attachés. Mais il n’y a pas de marchandage. Nous n’échangeons pas notre voix contre une promesse. Ce gouvernement pense pouvoir jouer avec nous comme il joue avec les socialistes. Il se trompe.
Ces derniers mois, LR a voté plusieurs textes avec vous. Prémices d’une union des droites ?
Je ne parle jamais d’union des droites, c’est restrictif et ringard, mais plutôt d’union des patriotes. Ce que nous voulons, c’est un socle de valeurs : mérite, autorité, travail. Ce socle, beaucoup de Français le partagent, qu’ils soient de droite ou qu’ils viennent de la gauche. Si des élus veulent le rejoindre, ils sont les bienvenus. Mais il ne s’agit pas d’accords de partis. Il s’agit de principes.
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