Entre la place Monge et la rue Mouffetard, la Grande Mosquée de Paris se dresse au cœur du 5e arrondissement de la capitale depuis son inauguration, en 1926. Le vendredi, à la mi-journée, les fidèles se pressent au son, discret mais présent, de l’appel à la prière. La police ferme alors la circulation et encadre les environs dans lesquels se trouve notamment le square Robert-Montagne. Mais depuis quelques années, certains voisins regrettent que leur quartier ne soit plus aussi paisible qu’autrefois : nuisances sonores, va-et-vient de fidèles et de voitures, et même des intimidations…
C’est pourquoi le Comité du square Robert-Montagne s’est créé. Cette assemblée de voisins, composée de 70 à 80 riverains, dénonçait déjà il y a cinq ans des nuisances sonores liées à l’appel à la prière du vendredi ou des grandes fêtes. « On l’entendait assez loin, de la rue Buffon à la rue Monge », explique Brigitte, 63 ans. La forte affluence génère aussi du bruit, tôt le matin ou tard le soir. Le flux des voitures est de plus en plus important… Peut-on le reprocher à qui que ce soit ? « On a maintenant des voitures, notamment des taxis, qui se garent n’importe où ! » réagit Pierre, habitant du quartier depuis vingt-deux ans.
Après des années de bataille et plusieurs rencontres avec le recteur et la mairie, une société privée a été mobilisée pour « mesurer les décibels de ces appels ». La mosquée a été contrainte de baisser le volume. « C’est un premier pas mais ce combat risque de durer », estime Brigitte. Car les riverains dénoncent d’autres incidents. Certains fidèles, par exemple, feraient leurs ablutions dans le square Robert-Montagne, situé juste en face de l’entrée du lieu de culte. D’autres évoquent des prières de rue occasionnelles. Mais ils décrivent surtout de nombreux incidents ces dernières années, qui semblent profondément les inquiéter. « Hier encore, je me suis fait invectiver parce que je ne traversais pas assez vite le passage piéton. Ils sont toujours pressés d’aller prier », raconte Pierre. « On est repéré en tant que membre du comité », poursuit Flora, qui vit là depuis vingt-cinq ans et confie avoir été insultée à de nombreuses reprises. « Je ne vous raconte pas le nombre de fois où je me suis fait traiter de ‘‘sale pute’’, de ‘‘sorcière’’ ; ou les jours où l’on m’a dit : ‘‘Si tu n’es pas contente, tu n’as qu’à déménager’’ », renchérit Brigitte.
Elle ajoute qu’une retraitée du quartier a reçu des menaces de mort… contre son chien. Il y a un an, un voisin est tombé nez à nez avec un homme qui était en train d’allumer un feu dans le hall d’un immeuble. Plus tard, des excréments ont été retrouvés sur des boîtes aux lettres, et le digicode du même bâtiment a été vandalisé, empêchant les habitants d’entrer chez eux.
Notre quartier est en train de s’islamiser
Comité de riverains
Mais au-delà des nuisances, dont les responsables ne sont pas forcément identifiés, plusieurs habitants s’inquiètent de la lente métamorphose de leur environnement. « Notre quartier est en train de s’islamiser », dénonce le comité. Certains évoquent l’installation de nouveaux commerces dédiés à la communauté musulmane : une librairie islamique, une boucherie halal ou encore une agence de voyages spécialisée dans les pèlerinages à La Mecque. « Il y a un petit écosystème autour de la mosquée mais ce n’est pas un problème, ils sont là depuis longtemps et font partie du paysage », relativise Alfred, installé ici depuis 1990. La maire Horizons du 5e arrondissement, Florence Berthout, réfute elle aussi ces accusations : « Une friperie, un opticien, un café-librairie et un hôtel se sont installés récemment. Le quartier change positivement. »
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Elle reconnaît en revanche que la Grande Mosquée attire de plus en plus de fidèles, de quoi générer « une suroccupation du domaine public, surtout pendant les grandes fêtes musulmanes ». Raison pour laquelle le square Robert-Montagne est désormais fermé les jours de prière, pour éviter que s’y déroulent les ablutions… Mais l’édile assure que les prières de rue sont rares. De son côté, le recteur de la Grande Mosquée, Chems-Eddine Hafiz, réfute : « Il n’y a pas de prières de rue. Les services de police sont présents et les rendent impossibles depuis plusieurs années. » Il assure veiller à ce que les appels à la prière « ne dérangent pas le voisinage » et confie « regretter » les intimidations à l’encontre des riverains, mais doute qu’il s’agisse de « fidèles habitués ». « Nous sommes ouverts à tous, musulmans ou non, y compris à certaines personnes en situation de détresse psychologique. Nous n’avons aucun pouvoir sur l’espace public, si ce n’est d’appeler chacun à se comporter avec civisme », développe-t-il.
Mais lui aussi observe, depuis plusieurs années, « une augmentation et un rajeunissement des fidèles ». Il assure que la Grande Mosquée a pris « les mesures adéquates pour les accueillir », mais pointe « le manque drastique de lieux de culte musulmans à Paris intra-muros ». Ce à quoi la maire du 5e arrondissement de Paris répond qu’une nouvelle mosquée devrait être construite « dans le pourtour parisien ».
À leur demande, les prénoms des témoins ont été changés.
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