Sur la plus célèbre avenue du monde, une centaine d’ouvriers s’activent sept jours sur sept sous un soleil de plomb. Leur mission : dresser, d’ici la grande parade militaire, les immenses gradins où prendront place près de 20 000 invités. À commencer par la tribune présidentielle, reconnaissable à sa toile bleu-blanc-rouge dessinée en 1990 par la designer Marie-Christine Dorner et remontée chaque année, boulon après boulon, par José Dupressoir et son équipe de Normandie Structure. « Tout est au millimètre, il n’y a pas le droit à l’erreur », souffle ce spécialiste qui connaît la bâche comme sa poche.
Il faut dire que le défi est de taille : installer, en quelques semaines, une structure éphémère et pourtant capable d’accueillir chefs d’État, ministres, ambassadeurs – et, cette année, la délégation indonésienne, invitée d’honneur. Tout doit être parfaitement calé : du montage des gradins aux accès pour les personnes en situation de handicap en passant par le proscenium, cette petite scène placée juste devant le président, installée… à l’aube du grand jour, dès 4h30 du matin.
« L’image de la France est en jeu »
Patricia Vestris, cheffe de projet à la Direction de la mémoire, de la culture et des archives (DMCA), coordonne l’ensemble de ces opérations. « Notre rôle, c’est que tout se passe au mieux. Nous sommes la puissance invitante, cela nous oblige à une vigilance constante », explique-t-elle. À ses côtés, architectes, électriciens, menuisiers, agents de sécurité, coordinateurs, mais aussi économistes et bureaux d’études techniques, veillent sur la solidité des structures, la sécurité incendie et même l’impact environnemental du chantier. « Il faut savoir s’appuyer sur chacun », résume Patricia Vestris.
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Si le chantier suit chaque année un schéma bien rodé, rien n’est jamais totalement écrit d’avance. L’édition 2020, marquée par la crise sanitaire, a vu le défilé quitter les Champs pour une configuration inédite place de la Concorde. « C’était prenant et émouvant d’accueillir tous ces soignants. On s’en souvient encore », confie Patricia Vestris. Mais même sans pandémie, Paris réserve toujours son lot de surprises : sens de circulation, sorties de métro, nouvelles pistes cyclables… « La capitale est un gruyère, un vrai chantier », sourit-elle.
Et il faut faire vite. Le calendrier est serré, coincé entre la Fête de la musique et le 14-Juillet, avec ses 5 618 militaires, 122 véhicules et 22 hélicoptères qui défileront. Les intempéries peuvent tout retarder, à l’image de cet orage historique en ouverture du chantier ou de la chute d’un arbre sur les installations. À l’aube du jour J, balais et nettoyeurs investissent les gradins.
Tout doit briller avant que le président de la République, Emmanuel Macron, foule les pavés à 9h55 précises. « Il n’y a pas de petite cérémonie. L’image de la France est en jeu », glisse Patricia. Dans les tribunes, au cœur de ce théâtre éphémère, les invités prendront place, sans imaginer un instant les semaines de tension, d’expertise et de sueur qui auront permis, cette année encore, ce moment.
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