Thierry, c’est Thierry Roland qui, en direct sur TF1, devant près de vingt millions de téléspectateurs, a trouvé du fond de son cœur, les yeux rougis, la meilleure formule, le bon mot, oubliant au passage – mais qui pour lui en faire le reproche ? – toute convenance, simplement emporté par l’émotion : « Ah ! C’est superbe ! Quel pied ! Ah ! Quel pied ! Ah ! Putain ! Oh la la la ! Ah ! C’est pas vrai ! » Et Thierry ajoutera que « désormais, il [pourrait] mourir tranquille… » Il lui resterait quatorze années à vivre, et c’est peu dire qu’il nous manque.
Mais revenons à ce dimanche 12 juillet 1998 ancré en nous tous pour l’éternité. Comme un jour parfait, une journée suspendue dans le temps, un dimanche de communion entre une équipe et une nation à jamais inoubliable.
Le titre à la « Une » du JDD est explicite. Il dit tout : « L’équipe de France ». Sous la photo des Bleus qui n’ont pas encore conscience que leur vie va basculer, un drapeau tricolore déployé, et cet éditorial signé Alain Genestar, directeur de la rédaction : « Depuis les premiers matchs de la Coupe du monde, la France se regarde dans le miroir de la grande pelouse du Stade et surprise ! Elle qui se croyait souffrante et pâle, s’y voit belle, dynamique, colorée, passionnée, victorieuse […] On parlait de paralysie, d’image d’une nation ridiculisée aux yeux de la planète. Et le Mondial a levé le doute et confirmé l’embellie […] La France des beaux quartiers, des banlieues, les soirs d’après-match, s’est réunifiée et l’image qui restera sera celle-ci : des jeunes côte à côte, Blacks, Blancs, Beurs, avec sur la joue trois traits de couleurs : bleu, blanc et rouge. »
Tous les superlatifs ont été employés, toutes les images utilisées
Comme si la victoire finale contre les Brésiliens, favoris, était déjà acquise. Mais peut-être l’était-elle ! Qui sait ? Sur ses carnets de campagne, Aimé Jacquet, le patron des Bleus, a noté une consigne tactique qui va s’avérer déterminante : sur les corners, les Brésiliens ont la fâcheuse tendance à déserter le premier poteau.
La suite, on l’a vue et revue : 22e minute, corner de Petit de la droite, tête de Zidane. 45e, corner de Djorkaeff de la gauche, nouvelle tête de Zidane. Expulsé contre l’Arabie saoudite, le numéro 10 des Bleus a traversé cette Coupe du monde en fantôme et le voici héros national, sauvant la patrie, rassembleur de toutes les couches sociales d’un pays qui le voit même président, y compris les personnes les plus réfractaires au spectacle sportif. 93e minute : passe de Dugarry, frappe croisée de Petit. Et un, et deux, et trois… Victoire totale. Sacre historique. Tous les superlatifs ont été employés, toutes les images utilisées… « Ah ! Quel pied ! »
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