
Elle incarne le symbole de « l’économie de guerre » prônée par Emmanuel Macron, venu poser sa première pierre le 11 avril 2024. À Bergerac (Dordogne), l’entreprise Eurenco, leader européen de poudre et explosifs, détenue à 100 % par l’État, vient d’inaugurer sa nouvelle unité de production de poudre gros calibre. C’est sur ce site de quinze hectares, composé de quinze bâtiments flambant neuf, que sont désormais fabriquées les charges modulaires qui propulsent les obus de 155 mm que l’on trouve notamment dans les canons Caesar. « Le premier tir d’essai a eu lieu ce mardi, il s’est très bien passé », révèle Olivier Boulet, responsable de la nouvelle unité.
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Annoncée par le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, en février 2023 pour réduire la dépendance stratégique de la France dans le domaine de la défense, cette unité de production a été construite en un temps record. « Il s’est passé dix-huit mois entre l’annonce et la réalisation du site. Alors que dans le domaine de la défense c’est plutôt six à dix ans », se félicite Thierry Francou, directeur général d’Eurenco. Pari gagnant sur fond de guerre en Ukraine. « Initialement, nous devions faire des lignes de production séparées pour monter graduellement. D’abord 600 tonnes de poudre, puis 500 tonnes supplémentaires dans un second temps. La demande était telle qu’on est monté directement à 1 200 tonnes par an », explique Thierry Francou. Et ce n’est qu’un début : le carnet de commandes est plein jusqu’en 2032. « Nos clients sont à 80 % dans le domaine de la défense et 20 % dans le civil. Nous exportons 80 % de notre production » confie le directeur général, qui compte parmi ses clients le groupe allemand Rheinmettall, les Tchèques de CSG ou l’entreprise polonaise PGZ.
Pour assurer sa montée en charge, l’entreprise est néanmoins confrontée à plusieurs défis. À commencer par l’approvisionnement en matières premières, en particulier l’acide nitrique, composé indispensable à la fabrication de poudre propulsive. Problème : les industries chimiques ont tendance à délocaliser leurs usines hors d’Europe. Thierry Francou fait confiance aux acteurs institutionnels pour intervenir sans attendre : « Si on n’a plus d’industrie chimique en Europe, il n’y aura plus de fabricants de poudre et d’explosifs en Europe. C’est un point clé de la souveraineté de défense. »
Pour assurer sa pérennité indépendamment du contexte géopolitique, Eurenco cherche à innover
Autre défi, le recrutement. Deux cents salariés ont été embauchés sur le site de Bergerac, mais Eurenco peine à pourvoir les 50 postes les plus qualifiés requis d’ici la fin de l’année. L’entreprise a dû assouplir ses critères et propose un programme de 80 heures de formation aux éventuels postulants.
À plus long terme, pour assurer sa pérennité indépendamment du contexte géopolitique, Eurenco cherche à innover. « Nous axons notre R&D dans le but de rééquilibrer nos clients entre le civil et la défense », souligne Thierry Francou. En attendant, Eurenco investit massivement – plus de 650 millions d’euros – pour étendre ses capacités de production. L’entreprise espère atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030.
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