
François Bayrou devait sortir la tronçonneuse. Il s’est contenté du taille-haie. Il fallait du fracas, des branches tombées, un coup de sabre dans la jungle budgétaire. Il a préféré égaliser les bordures. Hier, en dévoilant son plan de rigueur, François Bayrou a mis les pieds là où la classe politique hésite à s’aventurer : dans le champ de mines des finances publiques. 43,8 milliards d’euros d’économies affichés. À ce stade, il n’y avait que deux options : reculer encore, ou assumer le choc. Bayrou a choisi le second chemin. Il a tendu la potion plutôt que de fuir l’ordonnance.
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Ce plan contient quelques mesures difficiles. Des avantages fiscaux rabotés, des dépenses de santé sous contrainte, un gel qui frappe l’ensemble du pays. Cela tranche avec l’ère du « quoi qu’il en coûte », et dans un pays accro à la dépense publique, ce n’est pas rien. Mais il ne faut pas confondre le geste et la réforme. Ce plan affiche du sérieux, mais ne brise aucun verrou. Il ne réforme ni l’État, ni son appareil. Il caresse là où il faudrait couper. En vérité, c’est un premier pas. Mais ce pays n’a plus besoin de pas symboliques. Il a besoin qu’on fasse place nette. Et pour cela, le taille-haie ne suffit plus.
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Bien sûr que non. À y regarder de près, le cœur du système reste intact. Sur les 43,8 milliards annoncés, seuls 21 relèvent de vraies économies. Le reste ? Des ajustements, des artifices, et quelques hausses masquées. Le problème est là : on demande des efforts aux Français… mais l’État, lui, est épargné. Le non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois ? Cela représente 3000 postes sur près de six millions d’agents publics. Le mammouth peut dormir tranquille.
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Le vrai courage ne consiste pas à rogner les marges
Même flou sur les agences publiques, ces gadgets où l’argent s’évapore en toute discrétion. Pour l’instant, c’est un écran de fumée… Et que dire enfin de la suppression de deux jours fériés ? Le lundi de Pâques et le 8 mai sacrifiés sur l’autel de la rigueur. Un totem facile, presque provocateur. On joue avec le calendrier parce qu’on n’ose pas toucher à l’ossature de l’État. Le vrai courage ne consiste pas à rogner les marges. Il consiste à aller au fond. À trancher. Pas à contourner.
Le vrai courage commence là où s’arrête ce plan. Car pour sortir la France de l’impasse, il faudra s’attaquer aux véritables tabous. Deux angles morts sautent aux yeux : l’immigration et la contribution à l’UE. Deux bombes budgétaires, deux sujets explosifs, soigneusement évités. Bayrou n’a pas osé y toucher.
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L’immigration ne peut plus être traitée uniquement comme une question identitaire ou sécuritaire. C’est aussi un sujet budgétaire. Les flux migratoires ont un coût. Le nier, c’est refuser la réalité. Autre angle mort soigneusement évité : la contribution française à l’Union européenne. En 2026, la France devrait verser près de 29,2 milliards d’euros au budget de l’UE, contre 23,8 milliards cette année. Un bond spectaculaire, pour financer une Union qui, sur bien des sujets, s’éloigne de nos intérêts stratégiques.
Alors oui, ce budget a peu de chances d’être adopté. La censure plane. Mais justement : quitte à tomber, autant faire tomber les murs, renverser la table. Pourquoi ne pas présenter un plan de rupture ? Regardez Javier Milei. Il a tranché dans le vif.
François Bayrou a entrouvert une porte. Mais s’il veut laisser autre chose qu’une trace de passage à Matignon, il va devoir trancher. Car un pays ne se redresse pas avec des gestes timides. Il se redresse avec des choix nets, des coups francs, et un peu de bruit. François Bayrou a tout l’été pour remiser le taille-haie… et enfin sortir la tronçonneuse.
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