
Cela fait 240 jours que Boualem Sansal est détenu en Algérie. Condamné à cinq ans de prison en appel début juillet, après un procès expéditif dénoncé par ses soutiens, l’écrivain franco-algérien n’a pas bénéficié d’une grâce présidentielle de la part d’Abdelmadjid Tebboune. « Une scandaleuse injustice », dénonce Bruno Retailleau dans un entretien au Figaro. « Le pouvoir algérien aurait dû avoir un geste humanitaire vis-à-vis d’un grand écrivain, âgé et malade, arbitrairement emprisonné. »
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Le ministre de l’Intérieur et président des Républicains sort du silence. Après plusieurs semaines de retenue, qu’il justifie par « la volonté de ne pas obérer » les chances de libération de Sansal, Bruno Retailleau appelle désormais à « changer de ton » avec Alger. « La diplomatie des bons sentiments a échoué. Il faut assumer un rapport de force que le pouvoir algérien a lui-même choisi. J’y suis prêt, depuis le début de cette crise. »
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Le ministre de l’Intérieur, qui doit s’entretenir avec le président de la République la semaine prochaine, s’inscrit en rupture avec la stratégie diplomatique discrète menée par l’Élysée et le Quai d’Orsay. « Le régime algérien ne souhaite pas une relation respectueuse mais cherche à nous humilier. Plus nous plierons, moins nous obtiendrons », tranche-t-il, évoquant le cas de Christophe Gleizes – autre ressortissant français détenu par Alger et condamné pour « apologie du terrorisme ».
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« Une fois de plus, l’Algérie prend un nouvel otage et essaie de faire pression sur la France, en incarcérant des innocents », accuse-t-il. Bien que remonté, Bruno Retailleau se refuse toutefois à tirer une ligne rouge définitive : « Ma démission, c’est ce que cherche à obtenir le pouvoir algérien. Ça serait pour eux une victoire. »
À gauche comme à droite, les critiques se multiplient contre la stratégie diplomatique adoptée par Paris. Réunis jeudi 17 juillet à la Maison de l’Amérique latine, les membres du comité de soutien à Boualem Sansal ont eux aussi acté « l’échec du silence ». « Il faut hausser le ton », a déclaré Arnaud Benedetti, fondateur du comité. L’ancienne ministre Noëlle Lenoir a dénoncé « une diplomatie qui n’a pas porté ses fruits », et le philosophe Pascal Bruckner a évoqué « l’impuissance volontaire du gouvernement français ».
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Pour Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie, Paris doit désormais activer les « nombreux leviers » à sa disposition : politique des visas, réseaux financiers algériens, mais aussi les accords commerciaux entre l’Algérie et l’Union européenne. Le comité de soutien plaide pour une « européanisation » du dossier Sansal. Une plainte pour « inaction » a même été déposée auprès de la médiatrice de l’UE.
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