Valise en main et sac sur le dos, les voyageurs sont nombreux à se rendre en Gare de Lyon, dans le 12e arrondissement de la capitale, pour partir en vacances. Sous un soleil de plomb, certains attendent leur train juste à côté, sur la place Henri-Frenay. Cet espace principalement minéral abrite des jeux pour enfants, trois restaurants et leurs terrasses, quelques arbres maigrichons (voire morts) et… désormais deux ombrières.
Ces panneaux de bois de plusieurs mètres de long permettent aux riverains de s’abriter du soleil. Seul bémol : les riverains sont contraints de rester debout. Si certains s’y arrêtent brièvement pour passer un coup de fil ou fumer une cigarette, rares sont ceux qui semblent s’attarder sous ces ombrières, peu confortables. « C’est pas mal, mais il pourrait y avoir des bancs », souffle un voyageur assis sur sa valise. « Heureusement, ça apporte quand même un peu d’ombre, sinon on ne saurait pas où se mettre », complète une mère de famille.
« Un coûteux gadget “écolo” »
Outre la praticité discutable des ombrières, certains habitants dénoncent leur manque d’efficacité sur le plan environnemental. Comparées aux arbres, ces installations « n’apportent pas de fraîcheur », pointe ainsi Tangui Le Dantec, enseignant à l’École supérieure d’architecture des jardins et des paysages (ESAJ), qui réside dans le 12e arrondissement.
Celui qui se définit également comme un « militant pour la protection des arbres en ville » a réalisé des mesures de températures le 13 juillet dernier – une journée avoisinant les 31 °C. « La température de référence sur une surface exposée en plein soleil, c’est 51 °C », assure-t-il. Avant de montrer « la température de surface sous ces nouvelles ombrières », qui « oscille entre 30 et 34 °C ».
Si le spécialiste constate « un gain appréciable », un arbre peu imposant à proximité apporterait selon lui davantage de fraîcheur – soit une température de surface réduite à « 25 °C ». « Voilà ce que permet un arbre vivant en train d’évapotranspirer, par rapport à un coûteux gadget “écolo” composé de matière morte », dénonce Tangui Le Dantec.
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En réalité, quelques arbres ont été plantés sur la place, mais leurs « essences sont aberrantes », dénonce le spécialiste : « Notre maire a par exemple planté des mimosas, une espèce exotique envahissante, qui n’est pas recommandée de planter en zone urbaine. » D’autres arbres, comme des sapins d’Andalousie, peinent à vivre dans le quartier.
Un aménagement toujours en cours
Malgré les critiques, l’édile écologiste, Emmanuelle Pierre-Marie, défend son choix d’aménagement de la place Henri-Frenay. « Nous ne pouvons pas planter d’arbres à cet endroit à cause du parking souterrain situé juste en dessous. Ceux présents dans cet espace ne sont pas les plus heureux de Paris car ils manquent de place. Dès que nous en avons la possibilité, nous choisissons toujours les arbres plutôt que les ombrières », explique son équipe auprès du JDD.
Et de développer : « Le but est de faire de la place Henri-Frenay autre chose qu’un lieu de passage. Les ombrières sont en phase d’expérimentation et des bancs seront installés plus tard. L’aménagement de l’espace est encore en cours, notamment l’air de brumisation, qui sera installée dans un coin de la place ».
En juin 2021, sept associations du 12e arrondissement avaient manifesté pour s’opposer à la politique de la maire, accusée d’avoir « bétonnisé » le quartier en privilégiant la construction immobilière, notamment de logements sociaux, plutôt que l’environnement. Questionnée à ce sujet, la mairie assure que « le plan local d’urbanisme a depuis été revu » et que « les surfaces d’espaces verts ont été augmentées ».
De Bercy à la place Henri-Frenay en passant par les abords de la mairie du 12e arrondissement, les arbres et les plantations semblent en effet nombreux. Malgré cela, d’autres ombrières sont déjà implantées près du très verdoyant jardin de Reuilly. Mais, là encore, cet abri est dépourvu de bancs. Seules les ombrières de la place du Bataillon du Pacifique, à deux pas de Bercy, sont dotées d’assises.
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