
Chaque mercredi matin, dans le salon Murat de l’Élysée, les deux hommes se croisent en Conseil des ministres. Une poignée de main, et le plus souvent un échange formel. « Entre eux, ce n’est ni froid ni chaud. Bruno est quelqu’un de bien élevé, mais on sent que la méfiance s’est installée », glisse un ministre. Derrière la civilité, une tension sourde s’installe. À mesure que Bruno Retailleau déroule son agenda, sans tenir compte des états d’âme de l’Élysée. Une façon d’acter l’impuissance d’un président en fin de règne, qui n’a que peu de moyens de pression sur son ministre de l’Intérieur – qui plus est, chef de parti.
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Nouvel épisode ce week-end, le ministre de l’Intérieur s’attaque à la ligne diplomatique de l’Élysée, accusée de laisser Boualem Sansal croupir depuis 246 jours dans une prison algérienne. « La diplomatie des bons sentiments a échoué », tranche-t-il dans Le Figaro, appelant à « un rapport de force » avec Alger. Un coup de semonce qui vise aussi Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, lequel lui a sèchement répondu sur X : « Il n’y a ni diplomatie des bons sentiments, ni diplomatie du ressentiment. Il y a juste la diplomatie. »
Loyal en apparence, Bruno Retailleau prend de plus en plus ses distances. Par petites estafilades soigneusement dosées. La fracture s’élargit de jour en jour. « Bruno va s’exprimer de plus en plus souvent dans les prochaines semaines. Là, c’est l’Algérie ; hier, la fin de vie ou l’énergie ; demain, ce sera le budget », prévient un proche. Et d’ajouter, sans détour : « On n’est plus dans une coexistence exigeante. On est en cohabitation. »
« Pour être libre, il faut être craint », glisse le ministre, citant le président
L’entourage présidentiel a pris acte, depuis plusieurs semaines, de l’émancipation de Retailleau. « Les proches du chef de l’État ont arrêté de dire du bien de lui », note un ministre. Une séquence qui peut en rappeler une autre : lorsqu’Emmanuel Macron, jeune ministre de l’Économie, s’émancipait sous le regard impuissant de François Hollande, faisant fi des recadrages appuyés de Manuel Valls. Retailleau, dans un style plus policé, prend soin de ne pas fragiliser la fonction présidentielle. Hors de question de réclamer le départ d’Emmanuel Macron, encore moins de claquer la porte. « Ce serait offrir une victoire au régime algérien », justifie-t-il.
Mais, dans les faits, il suit une route parallèle, installe, par petites touches, une posture. Il parle en ministre libre de toute attache, pense en présidentiable. Sans toutefois l’assumer publiquement, affirmant ne pas avoir « le virus de la présidentielle », mais promettant de « tout faire pour faire gagner la droite » en 2027. Tout est affaire de dosage et de sous-entendus : « Pour être libre, il faut être craint », glisse-t-il, citant… Emmanuel Macron lui-même.
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