
Ministre de la Culture depuis janvier 2024, Rachida Dati n’a jamais fait mystère de son objectif : conquérir Paris en 2026. Depuis sa campagne remarquée en 2020, elle préparait le terrain avec méthode, consolidant son ancrage, réactivant ses réseaux, tissant patiemment sa stratégie, en vue de remporter l’élection qui échappe à la droite depuis 2001. Mais depuis l’annulation par le Conseil constitutionnel de l’élection du député Renaissance Jean Laussucq, proche de Rachida Dati, pour irrégularité dans ses comptes de campagne, la 2e circonscription de Paris est redevenue un foyer d’agitation politique. Dans ce bastion acquis à la maire du 7e depuis 2008, la candidature surprise de Michel Barnier, soutenu par une partie de la droite parisienne et par la direction des Républicains, a rebattu les cartes.
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L’irruption de l’ancien Premier ministre, que certains croyaient retiré de la vie politique après la censure de son gouvernement l’hiver dernier, a bousculé les plans de la ministre de la Culture, mais n’a en rien entamé sa résolution. « Ceux qui veulent diviser la droite parisienne perdent leur temps. Ce temps-là est révolu avec elle », tranche un proche. Elle n’avait pas prévu d’être candidate à cette élection anticipée. Son horizon, ce sont les municipales de 2026. Ministre en exercice, maire du 7e arrondissement, Rachida Dati préparait méthodiquement depuis des années la future campagne. Mais à Paris, la droite, fidèle à elle-même, a encore choisi la complexité.
Ici, la droite a toujours eu le génie du désaccord. En 2001 déjà, la rivalité fratricide entre Philippe Séguin et Jean Tiberi s’était soldée par une défaite cuisante. Deux décennies plus tard, les logiques d’appareil continuent de peser lourd. Il y a un an, une partie des élus LR parisiens faisaient sécession du groupe Changer Paris de Dati pour créer le leur, avant de s’opposer à la réforme du mode de scrutin, pourtant populaire chez les Parisiens et plutôt favorable à la droite dans la perspective de reconquête de la capitale.
« Les Parisiens méritent des élus qui connaissent leur réalité »
À peine l’élection partielle annoncée, la candidature de Michel Barnier était déjà ficelée – adoubée par la fédération de Paris et validée par Bruno Retailleau. Une décision express, qui a pris tout le monde de court. « Certains ont voulu instrumentaliser cette élection pour rallumer une guerre partisane entre LR et Renaissance, glisse un proche. Mais ce qui se joue ici, dès maintenant, c’est la possibilité de rassembler et de gagner Paris en 2026 – autour de la seule capable d’y parvenir. »
Rachida Dati arpente son arrondissement, tutoie les habitants, ne rate aucune réunion d’appartement et arpente les parvis des églises. « Les Parisiens méritent des élus qui connaissent leurs réalités. Rachida Dati, maire depuis 2008, seule élue dès le premier tour à Paris, est naturellement la plus légitime », assure son entourage. Sa stratégie est claire : imposer sa légitimité par la présence. Elle veut convaincre, en personne, enchaîner les réunions, parler à tous. Une manière de rappeler que Paris se gagne sur le bitume. Cette élection partielle, dans une circonscription solidement ancrée à droite, fait figure de test grandeur nature avant les municipales. Pour Rachida Dati, l’enjeu dépasse de loin un simple siège. Ce scrutin est un levier tactique : cette circonscription n’est pas une fin, c’est un tremplin.
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Car ce qui se joue ici dépasse largement le cadre d’une législative partielle. « Nous avons une occasion historique de gagner Paris. Rachida Dati ne la ratera pas », martèlent ses soutiens. La commission d’investiture LR doit trancher d’ici la fin juillet. Mais Dati, elle, n’attend personne. Elle est déjà en campagne. Et dans une ville où le vote se décide autant au contact qu’à la conviction, elle mise sur ce qu’elle maîtrise : la proximité, la constance, la parole directe. Reste à savoir si son camp saura la suivre. Ou s’il choisira, une fois encore, de se tirer une balle dans le pied – et de livrer Paris à l’extrême gauche, désormais mieux placée que la gauche qu’elle a supplantée.
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