Il est un monde dans lequel réduire la dépense publique conduit à l’augmenter de 30 milliards d’euros. Un monde dans lequel ne pas remplacer un fonctionnaire sur trois partant à la retraite revient à supprimer non pas 15 000 postes sur un contingent de 46 000 départs, mais seulement 4 600. Un monde dans lequel, après avoir promis « pas de hausses d’impôts » au printemps, le gouvernement décide de rehausser le niveau de prélèvements dans le pays recordman du monde du matraquage fiscal… Ce monde est celui de François Bayrou. Pour Marc Touati, conseiller économique chez eToro, le gouvernement se dérobe : « C’est l’arnaque traditionnelle, la baisse des dépenses s’avère une réduction de la hausse des dépenses… Rien ne change. L’État ne se soumet pas à un budget de rigueur, ajoute-t-il. En revanche il l’inflige aux contribuables en augmentant les impôts. »
Un arbitrage d’autant plus contestable que les dépenses de fonctionnement de l’État ont explosé à hauteur de 95 milliards d’euros depuis 2021, et que contrairement à la présentation faite par François Bayrou, toutes les administrations ne vont pas se retrouver au régime sec en 2026. Outre la défense, le ministère de la Justice voit son budget rehaussé de 200 millions d’euros. Même tarif pour l’enseignement scolaire (+ 200 millions d’euros). Enfin, la sécurité (Intérieur) bénéficie d’un coup de pouce de… 400 millions d’euros. Côté agences et opérateurs de l’État, là où la ministre des Comptes publics proclamait fin avril la suppression ou la fusion d’un tiers d’entre elles pour une économie de 3 à 4 milliards d’euros, François Bayrou s’est montré évasif et nettement moins ambitieux.
Plus que circonspects, les partis macronistes, saluent l’effort de « conscientisation » de l’opinion sur une dette qui se creuse de « 5 000 euros à chaque seconde », mais pointent pour les uns une réduction des dépenses trop timide, pour les autres un risque récessif et l’injustice de certaines mesures. « Même si l’effort d’économie existe, mon inquiétude est plutôt du côté du recouvrement des recettes pour 2026 – et même dès 2025 », confie un proche d’Édouard Philippe qui garde un mauvais souvenir de la gestion erratique de Bercy révélée en cours d’exercice budgétaire l’année dernière. « Ce qui manque pour l’instant, c’est un prévisionnel plus précis des recettes de Bercy. On sait désormais, depuis la commission d’enquête sur les dérives, que le principal problème vient de l’incertitude du calcul des prévisions de recettes. L’insincérité des comptes est principalement là et je n’ai pas vraiment entendu Bercy se remettre en question sur ce sujet. »
Une suspicion alimentée par la présentation d’un Premier ministre décrivant une gestion hors de contrôle sur plusieurs années, renvoyant – sans le dire – à la gouvernance d’Emmanuel Macron depuis 2017, François Bayrou se retrouvant à nettoyer les écuries du président. Chez Renaissance, le matraquage fiscal à l’endroit de l’électorat macroniste passe mal : « Les retraités et les hauts revenus votent pour nous, en les visant, on se tire une balle dans le pied », confie un conseiller ministériel. Gabriel Attal lui a d’ores et déjà balayé l’idée de suppression de deux jours fériés : « Tout travail mérite salaire ! » souligne-t-il, soucieux de toujours valoriser l’effort productif.
Le couple exécutif est le plus impopulaire de la Ve République, lorsqu’on additionne leur cote respective
Quant aux Français, ils expriment dans le dernier baromètre Ifop pour le JDD leur défiance à l’endroit d’un budget qu’ils attribuent autant à Emmanuel Macron qu’à François Bayrou. Le couple exécutif le plus impopulaire de la Ve République, lorsqu’on additionne leur cote respective (19 % de satisfaits pour Macron et 18 % pour Bayrou), concentre l’ire des sondés, parfois en termes très crus. « Macron dépense notre fric », dit l’un. « Il démolit la France consciencieusement », lance un autre. De façon générale, l’explosion de la dette ou encore le récent épisode de forte inflation sont directement reprochés au président de la République.
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Enfin, quel sera le jugement des agences de notation qui, au printemps, ont épargné la France dans l’attente du plan Bayrou ? Que dira le FMI qui, en mai, avait adressé des recommandations d’« alerte » au gouvernement pour qu’il sabre dans ses dépenses et n’alourdisse pas le fardeau fiscal ? L’économiste Marc Touati se montre pessimiste : « Soit Bayrou sera censuré, soit il négociera à la baisse avec les oppositions… Dans les deux cas, les agences de notation dégraderont la France. » Winter is coming…
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