
Mon père est né dans le sud de la Syrie en 1948. Après la guerre de cette même année, mon grand-père s’est rendu en Israël. Il espérait y trouver du travail et un avenir meilleur. Il croyait que le peuple juif, qui venait de fonder une nouvelle nation, pouvait lui offrir de l’espoir, et il avait raison. En 1953, ma grand-mère, mon père et mon oncle l’ont rejoint. À partir de ce moment-là, notre destin, notre présent et notre avenir se sont intimement liés à l’histoire d’Israël.
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Les liens historiques et bibliques profonds entre les communautés juive et druze, ainsi que l’alliance fidèle entre le peuple druze et l’État d’Israël, ont conduit ce dernier à prendre une décision courageuse et périlleuse : défendre la communauté druze en Syrie. Pourtant, Israël n’a jamais eu vocation à protéger à lui seul toutes les minorités du Moyen-Orient. Ce rôle devrait revenir à la communauté internationale. Mais alors que les puissances occidentales et les nations musulmanes modérées se dérobent à leur devoir de protéger les groupes vulnérables tels que les Alaouites, les chrétiens, les Kurdes, les Druzes, et d’autres encore, face à la brutalité montante des djihadistes, Israël a choisi d’agir.
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Alors que les puissances occidentales rechignent à protéger les groupes vulnérables du Moyen-Orient, Israël a choisi d’agir
Ces derniers jours, les groupes djihadistes ont lancé une attaque d’une violence inouïe contre le cœur de la région druze : A’Suwayda, sa ville principale et les villages qui l’entourent. C’est la troisième offensive depuis que le groupe rebelle HTS et le président syrien Al-Julani ont pris le contrôle d’une large partie de la Syrie. Mais cette fois, les choses sont différentes. Alimentées par la désinformation et attisées par la haine, des tribus bédouines et des factions jihadistes se sont unies dans un but effroyable : faire disparaître ce qu’ils appellent « le problème druze » à A’Suwayda.
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Les forces du régime syrien, loin de défendre leurs citoyens, se sont rendues complices des atrocités commises par les terroristes islamistes : ils ont tué, violé et enlevé des hommes, des femmes et des enfants druzes. Nos chefs spirituels ont été ciblés pour les humilier : leurs moustaches, considérées depuis des générations comme des symboles sacrés de sagesse et de foi, ont été rasées de force avant qu’ils ne soient emprisonnés ou exécutés.
Pendant que j’écris ces lignes, la campagne de désinformation continue de faire rage. Son objectif est double : enflammer l’opinion publique dans le monde sunnite et endormir la conscience des libéraux occidentaux. Ce n’est pas une stratégie abstraite, elle se déploie sous nos yeux, notamment en France, où le silence est devenu une forme de complicité.
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Nous, peuple druze, lançons un appel urgent aux Nations unies et à la communauté internationale
Nous, peuple druze, lançons un appel urgent aux Nations unies et à la communauté internationale pour qu’ils s’élèvent contre le terrorisme et prennent des mesures concrètes afin de protéger les minorités vulnérables en Syrie. Aujourd’hui, je m’adresse directement au président Emmanuel Macron et au gouvernement français : prenez position et protégez les communautés druzes au Moyen-Orient.
Nos histoires sont entremêlées. La France s’est longtemps tenue comme un phare de liberté et de droits humains, et le président Macron a été l’un des premiers dirigeants occidentaux à tendre la main à Al-Julani, un geste qui engage une immense responsabilité. La France porte désormais une obligation morale et historique : celle de se lever pour défendre les Druzes, qui font face à un péril existentiel au Levant.
Au milieu du XIXe siècle, la France est intervenue au Liban et en Syrie pour protéger les communautés chrétiennes. Cela a permis de remodeler la région au nom d’une mission à la fois logique et nécessaire. Au début du XXe siècle, les Druzes ont entamé un dialogue avec le mandat français, en quête de reconnaissance et de droits. Lorsque la négociation a échoué, nous nous sommes soulevés. La révolte n’a pas triomphé militairement, mais elle a semé les graines qui ont conduit à la naissance de la Syrie moderne.
Les généraux et diplomates français ont appris à respecter les Druzes pour leur courage, leurs convictions et la justesse de leur cause
Les généraux et diplomates français ont appris à respecter les Druzes pour leur courage, leurs convictions et la justesse de leur cause. Cet héritage de reconnaissance mutuelle et de lutte commune existe toujours. Aujourd’hui, nous demandons au peuple français et à son gouvernement d’honorer cette mémoire et d’exercer à nouveau leur influence et leurs moyens, cette fois pour mettre fin à la terreur qui s’abat sur nous.
La France connaît, elle aussi, les cicatrices laissées par les terroristes djihadistes. Du silence pesant du massacre au Bataclan à la violence qui a frappé Charlie Hebdo, de Paris à Toulouse, jusqu’à Nice, les échos de ces drames résonnent encore dans l’âme de la nation. Ces blessures restent ouvertes, non seulement comme des souvenirs de deuil, mais comme des avertissements face à ce que peut provoquer la barbarie laissée sans réponse.
Si Sweida tombe, les conséquences ne seront pas limitées aux frontières de la Syrie.
Si Sweida tombe, cela marquera une nouvelle avancée du fanatisme.
Si Sweida tombe, cette onde de choc traversera les frontières.
Les djihadistes ne s’arrêteront pas aux Druzes. Toutes les minorités de la région sont menacées. Il ne s’agit pas d’un simple avertissement. Je parle d’une réalité, qui se déroule ici et maintenant.
Agissez. Avant que le silence ne devienne une forme de complicité.
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