
« Elle arrive ! », s’exclame un enfant à l’approche de la « grand-mère de Jésus ». « Elle », c’est la statue de sainte Anne, mère de la Vierge Marie. Portée par des hommes en costumes traditionnels bretons, elle traverse le sanctuaire de Sainte-Anne-d’Auray pour être déposée devant le mémorial des deux grandes guerres où a été célébrée la messe hier, devant 20 à 30 000 fidèles. Ce samedi 26 juillet 2025 marquait le 400e anniversaire des apparitions de « Madame Anne », comme aiment l’appeler les Bretons. Un évènement marqué par la présence du cardinal Robert Sarah, envoyé spécial du pape Léon XIV qui avait salué en lui un « ouvrier vigilant et zélé dans la vigne du Seigneur […] doué de piété et de doctrine ».
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Parmi les fidèles, certains viennent pour la première fois. C’est le cas d’Alexandre et Marie qui ont fait le voyage depuis l’Isère, avec leurs trois enfants ; ou ce groupe de trois Indiens, catholiques pratiquants venus de Paris, vêtus de leur sari pour l’occasion ! Mais ce jubilé est avant tout celui des Bretons, si attachés à la figure de la sainte patronne de la Bretagne, tout comme aux traditionnels « pardons » –, ces pèlerinages locaux qui demeurent encore populaires jusqu’autour des plus petits clochers de la région. Des évènements cultuels dont la dimension culturelle attire très largement. Samuel, un non-croyant qui habite Auray, est par exemple venu pour que ses enfants « voient ce qu’il se passe dans la commune et qu’ils sachent que les choses religieuses existent ! » La veille de ce « Grand Pardon », une centaine de fidèles étaient déjà en place, au sanctuaire, pour l’arrivée de la Troménie de Sainte Anne : après 115 jours de pèlerinage en calèche, aux quatre coins du diocèse de Vannes et de ses paroisses, la statue revenait au sanctuaire d’Auray d’où elle était partie le 7 mars dernier, après avoir parcouru 1 810 kilomètres ! Accueillie par des bagads qui ont entonné des airs bretons, accompagnant jeunes et moins jeunes qui portaient fièrement les bannières de leurs clochers – Pluvigner, Mériadec, Pluneret… – pendant que d’autres lançaient leurs intentions de prières vers le Ciel.
« Ce qui sauvera le monde, c’est l’hommage à genoux devant Dieu »
À la demande de leur évêque, Monseigneur Centène, des laïcs se sont relayés de tronçon en tronçon pour ne jamais laisser « Madame Anne » toute seule : certaines étapes de cette Troménie accueillaient une centaine de personnes, d’autres une petite dizaine, mais le pari a été relevé : le diocèse de Vannes entendait ainsi raviver la foi de ces terres « anciennement chrétiennes » comme les a justement décrites le cardinal Sarah. Un mouvement que le pape Jean-Paul II avait déjà déploré en 1996, lors de sa visite à Sainte-Anne-d’Auray, pendant laquelle il regrettait une « véritable occultation du phénomène religieux en Bretagne ». « Avec la Troménie de Sainte-Anne, nous avons voulu toucher les cœurs des Bretons en passant dans leurs villages, explique Rémi Seigle, chargé de l’organisation de ce pèlerinage. Quelle joie de partager notre identité catholique et bretonne ! »
Une joie que le cardinal Sarah a saluée, tout en encourageant les fidèles à redonner du sens à ces traditions : « Il est beau de transmettre vos traditions nationales, régionales, vos langues, vos coutumes et vos costumes mais tout cela serait vide et absurde si vous ne transmettez pas la foi qui est l’âme de toutes vos traditions. » Semblant reprendre le dicton qui veut que « mort ou vivant, à Sainte-Anne une fois doit aller tout Breton », le prélat guinéen a estimé qu’il était en effet « bon et beau de venir en pèlerinage à Auray », rappelant surtout que « le cœur de cette tradition demeure l’exemple de sainte Anne, celle qui a transmis à Marie la foi transmise de ses parents ».
C’est pourquoi il s’est tout particulièrement adressé aux familles, et aux mères en particulier, dès son homélie de vendredi soir, les exhortant à transmettre une vie spirituelle à leurs enfants. Le lendemain, devant une foule impressionnante, il a directement interpellé la France, et même l’Europe : « Rendre gloire à Dieu et Le prier est une nécessité », a-t-il martelé.
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Au Vieux continent déchristianisé tout comme aux catholiques présents, le cardinal a tenu à rappeler que la religion n’est pas « une activité au service du bien-être de l’homme, un simple petit soulagement de l’homme moderne, une question d’action humanitaire ou d’accueil du migrant » mais une véritable « nourriture spirituelle ». Prenant l’exemple du simple paysan Yvon Nicolazic à qui sainte Anne est apparue en 1625, le cardinal a insisté : « Ce qui sauvera le monde, c’est l’homme à genoux devant Dieu ».
Une préoccupation que cet envoyé spécial partage justement avec Léon XIV : dès ses premiers enseignements, le nouveau pape s’inquiétait déjà de la « pauvreté spirituelle » de l’Occident. Le cardinal Sarah a pris des exemples précis, suppliant les Français de ne pas « profaner la France » en transformant des églises bâties pour « honorer Dieu » en « salles de spectacles » ; ou fustigeant l’actualité législatives sans détour, en évoquant des lois « barbares et inhumaines qui prônent la mort ». Un appel à renouer avec des racines chrétiennes désormais asséchées qui a résonné dans le cœur des nombreux fidèles présents, catholiques de longue date ou de fraîche conversion. David, 50 ans, a par exemple « redécouvert sa foi » en venant en pèlerinage à… Sainte-Anne-d’Auray, trois ans plus tôt. Il vient depuis chaque 26 juillet… et cette année plus que jamais !
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