Cette année, le maillot blanc a été porté par Kévin Vauquelin puis Remco Evenepoel, avant de faire l’objet dans la troisième semaine d’une belle bataille, la même que pour le podium…
Pour la place de troisième ! Parce qu’on a quand même Pogacar et Vingegaard devant… Disons que c’est une place du podium à part ! Il n’y avait que 22 secondes d’écart au matin de la dernière étape de haute montagne, on ne savait pas qui allait gagner le maillot blanc, c’est un bon scénario. Florian Lipowitz l’a assuré vers La Plagne aux dépens d’Oscar Onley, mais il n’a qu’une grosse minute d’avance, il aurait pu aussi se jouer à Paris, sait-on jamais ! Il y a Montmartre, ce n’est pas l’étape classique des Champs-Élysées.
Pour la visibilité du maillot blanc, vaut-il mieux qu’il soit en jeu pour un des coureurs qui joue les tout premiers rôles, comme Pogacar pendant quelques années, au risque qu’il ne le porte pas quand il a aussi le maillot jaune ? Ou bien est-il préférable qu’il soit porté par un « second rôle » peut-être moins identifié mais prometteur ?
Pour moi, ce maillot, c’est le meilleur jeune, c’est le futur grand. C’était surtout Pogacar il y a quelques années et on ne le cache pas, c’est certain que quand le maillot est porté Remco (qui a abandonné lors de la 14e étape, NDLR), la visibilité est plus importante, ça marque davantage les esprits. Le futur grand, c’est aujourd’hui Lipowitz ou Onley, qui ne sont pas encore très connus. Mais si l’un d’eux, dans deux ans, dans quelques éditions, gagne le Tour, ça changera tout ! C’est aussi le but de ce classement, mettre en lumière les potentiels futurs vainqueurs.
La limite d’âge de 25 ans a-t-elle encore un sens avec l’éclosion de plus en plus précoce de coureurs au plus haut niveau ? Ne faudrait-il pas la baisser ?
La suite après cette publicité
Ce n’est pas de mon ressort, mais je la garderais. On voit de plus en plus de coureurs arriver très jeunes, on parle déjà, par exemple, des futurs débuts dans le Tour de Paul Seixas, alors qu’il n’a que 18 ans… On le voit gagner tout de suite, mais le Tour reste quand même extrêmement difficile ! J’ai vu beaucoup de coureurs arriver très jeunes, certains sont hors normes, mais Seixas, je pense qu’il faudrait quand même attendre un peu. Patrick Lefevere l’avait fait pour Remco, il lui avait deux, trois ans pour qu’il apprenne en courant le Giro ou la Vuelta… Le Tour, c’est quand même un rouleau compresseur, avec la vitesse où ça va, la pression chaque jour, les parcours plus difficiles aujourd’hui… Pour tout cela, je garde cette limite d’âge pour le maillot blanc.
Sent-on autant l’effet rouleau compresseur quand on chasse les étapes comme vous le faisiez, sans forcément se donner à fond tous les jours ?
Je chassais les étapes, mais avec une différence, c’est que j’étais quand même le leader de l’équipe FDJ, donc il fallait aussi « garder la place ». C’est ce qui m’a un peu frustré parfois, parce qu’on jouait seulement la 10e ou 15e place, au général, dans une époque compliquée… Si j’avais pu perdre plus de temps dans certaines étapes où je devais m’accrocher, j’aurais eu plus d’occasions d’aller dans les échappées. Et j’y aurais été plus à l’aise, car les autres ne veulent pas toujours de toi si tu es trop près au général, ça risque de rouler derrière ! Il fallait donc se débrouiller, tenter un peu le diable parfois, en perdant du temps pour le reprendre un peu plus tard à l’avant. J’ai déjà gagné l’étape en retrouvant la place que j’avais délaissée deux jours avant ! J’avais un peu filouté vis-à-vis de ma direction… Ce ne serait plus possible aujourd’hui, avec tous les capteurs de puissance.
On dit que le Tour de France se court de plus en plus comme une classique chaque jour…
Ça existait déjà : en 2004, je crois, tous les jours, c’était trois, deux, un, départ réel, ça partait… Il y a des années plus ou moins rapides, mais aujourd’hui, il est certain qu’avec la diffusion du Tour, la force des réseaux, tout le monde qui arrive à un niveau supérieur, entraîné pour arriver au top sur le Tour, le matériel et la technologie actuels… On voit bien que ça permet à beaucoup plus de monde d’espérer quelque chose et que ça donne des batailles très musclées chaque jour. On parle aussi des oreillettes, mais c’est un faux problème à mon sens ; c’est plutôt que les consignes ont changé par rapport à mon époque. Je trouve extraordinaire la vitesse à laquelle ça va, on est presque à la limite du suivi actuel à moto dans les descentes notamment… Il faudra peut-être envisager d’autres moyens pour avoir des vélos moins rapides !
Source : Lire Plus






