La rue Lepic avait subjugué le monde l’an dernier, théâtre d’une liesse et d’une ferveur digne d’un Tour de France pour l’épreuve olympique, et elle a de nouveau marqué les esprits aujourd’hui, au fil des trois passages d’une ultime étape qui n’était pas un cadeau pour les sprinteurs, jamais invités à la fête, une fois n’est pas coutume. Une fête qui a battu son plein tout l’après-midi sur les pavés de la rue montant au Sacré-Cœur, remplie d’une foule bon enfant qui a joyeusement rejoué les scènes de l’an dernier, alors que beaucoup craignaient un sentiment de réchauffé… L’atmosphère était pourtant fraîche et des averses sévères auraient pu doucher les ardeurs, mais elles n’ont pas atténué la ferveur de voir débouler en file indienne les grands coureurs de ce Tour de France, vus de loin jusqu’ici pour la plupart des spectateurs parisiens.
Ému aux larmes, Wout van Aert, le classicman belge de l’équipe Jumbo-Visma Lease a Bike, souvent malheureux, a eu le temps de savourer en solitaire son triomphe sur la ligne d’arrivée. Il avait déjà gagné sur les Champs-Élysées, mais au sprint en 2021 ; cette victoire a une saveur historique en raison du parcours et du scénario inédit… Wout van Aert a déboulé sur les Champs au terme d’une fugue tout en risques contrôlés dans les rues parisiennes rendues glissantes par la pluie… Six kilomètres plus tôt, il avait contré Tadej Pogacar sur les pentes les plus raides du haut de la butte Montmartre, lors du troisième passage sur les hauteurs de la capitale. Il y a quelques jours, Van Aert n’avait pas fait mystère de ses ambitions pour cette dernière étape, glissant qu’il espérait que Pogacar ne s’en mêlerait pas de trop près… Démenti mais exaucé quand même !
On se doutait que le maillot jaune, lassé de ce Tour de France figé en montagne, voudrait profiter de cette occasion pour s’amuser, en coureur de classiques qu’il est aussi, préférant d’ailleurs sans doute ce registre… Et le Slovène n’a pas déçu : pas question d’assurer en se laissant glisser vers son quatrième sacre, avec l’aide des temps gelés bien en amont de l’arrivée, par sécurité… Dès la première ascension de la rue Lepic, Pogacar se montrait, d’abord en sautant dans la roue de Julian Alaphilippe, encore remuant, qui avait posé la première banderille. Animateur sans retenue, Pogacar a encore accéléré au deuxième passage, n’hésitant pas à combler lui-même, entre deux ascensions, les cassures du petit groupe de costauds qui avaient pu l’accompagner et tentaient de relancer ou de contrer.
Et quand Montmartre se dressait une troisième fois, comme juge de paix cette fois, il en remettait une couche, faisant décrocher un à un les courageux qui avaient réussi à l’accompagner… sauf Wout van Aert, qui restait dans sa roue, dans une image digne d’une classique flandrienne ! Le Belge en sortait peu après pour placer un démarrage irrésistible, dans le passage le plus difficile, le maillot jaune ne pouvait suivre, Van Aert était plus fort, et sans se désunir, il manœuvrait parfaitement le toboggan qui le menait à cette victoire tant attendue, l’une des plus belles de sa carrière.
La course s’était vraiment lancée, comme le veut la tradition, dans les rues de Paris, après le premier passage sur la ligne d’arrivée, tandis que les premiers kilomètres, au départ de Mantes-la-Ville (Yvelines), ont vu les coureurs célébrer la fin de leur Tour dans la parade habituelle. Tadej Pogacar va pouvoir sourire de nouveau : le Tour est fini, d’abord, et il avait hâte… Une quatrième victoire finale, une domination sans partage, quatre victoires d’étape, un maillot à pois en passant qu’il n’a absolument pas cherché à disputer, et une place dans l’histoire un peu plus profondément inscrite…
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Sera-t-il au départ l’an prochain pour accéder au record, en se faisant l’égal des quintuples vainqueurs ? Il n’a pu succéder aujourd’hui à Bernard Hinault, le seul vainqueur en maillot jaune sur les Champs, par deux fois (1979 et 1982). Les chiffres et les glorieux aînés ne passionnent pas Pogacar, mais on ne résiste pas à l’attraction du Tour, aussi essoré, voire saoulé soit le lauréat au terme de celui qui vient de s’écouler… Il reviendra certainement sur la plus belle et la plus grande course du monde… que tous ses acteurs sont contents de terminer, même s’ils savent que le vide du lendemain est un gouffre. Il leur reste des montagnes de souvenirs à digérer, en attendant de se remettre à rêver de grands cols enchaînés et de coups de bordure sans pitié. À l’année prochaine !
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