
Un conflit idéologique sous haute tension. Lors d’une table ronde, intitulée Combattre le progressisme libéral, Houria Bouteldja a tenu des propos qui ont enflammé les rangs de la gauche sur les réseaux sociaux. Au cœur de la polémique : la Pride des banlieues. Pour l’essayiste se revendiquant de la mouvance décoloniale, les habitants des quartiers populaires sont empêchés de militer dans l’espace public « pour la Palestine, contre l’islamophobie ou contre les expulsions des imams », mais sont autorisés à parader lors des Marches des fiertés LGBT.
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« Tant que les habitants des quartiers sont interdits de manifester pour ce qu’ils considèrent comme des choses principales pour eux, je m’interdirai d’aller faire une Pride dans les banlieues », a lancé l’auteure du livre Les Blancs, les Juifs et nous, sous les acclamations d’une bonne partie du public. « Si tu ne veux pas te faire instrumentaliser par le pouvoir blanc, il faut poser ses conditions. Il faut que les gens des quartiers puissent exprimer politiquement tous leurs besoins. Qu’ils aient la liberté de manifester à Saint-Denis, à Vénissieux, dans les quartiers nord de Marseille », a-t-elle poursuivi.
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Des propos qui ont suscité l’agacement, voire l’indignation, de nombreux militants de gauche – de la social-démocratie à la gauche radicale – sur les réseaux sociaux. « Elle efface l’existence des personnes LGBTI+ racisées en déclarant que l’homosexualité est une “affaire de blancs” et en affirmant que ce n’est pas un sujet majeur pour elle, niant ainsi leur souffrance. C’est à l’intersection du racisme et de l’homophobie. C’est juste une réac », a par exemple dénoncé un utilisateur d’X se présentant comme anticlérical et anti-patrons. De même, une militante des Jeunes Communistes accuse Houria Bouteldja de considérer « la lutte LGBT+ comme intrinsèquement blanche »et de cacher « ses relents homophobes et anti-marxistes derrière sa pensée décoloniale ».
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« Voilà où mène l’intersectionnalité. Très pratique pour masquer l’homophobie, le racisme, l’antisémitisme… D’ailleurs les gens des quartiers n’ont pas le droit d’être homo ? C’est ça ? Convergence des luttes parfum extrême-droite », abonde une utilisatrice féministe sur le même réseau social. Quand un autre, se revendiquant de la laïcité et des valeurs républicaines, s’étonne que Houria Bouteldja puisse encore faire polémique : « Toujours surpris que certains s’indignent à chaque nouvelle élucubration de Houria Bouteldja. Elle dit ce qu’elle pense. En toute franchise. Elle écrit parfois même pire. Ce qui est bien pire, c’est d’avoir institutionnalisé sa pensée dans le milieu politique et académique. »
« Ça fait plusieurs semaines que ça parle beaucoup de nous, sans nous. […] Si vous voulez qu’on débatte de la pertinence stratégique de la Pride des banlieues, invitez-nous, on en parle comme des grands », a réagi, de son côté, le compte Pride des banlieues sur X.
L’auteure marxiste et indigéniste est souvent pointée du doigt pour ses propos sur les Juifs ou encore les homosexuels. Dès 2013, elle a provoqué une vive controverse en posant sur une photographie aux côtés d’une pancarte où il était écrit : « Les sionistes au goulag ! ». Son livre Les Blancs, les Juifs et nous a largement été critiqué, y compris à gauche, pour ses thèses « racialistes » ou sa « dérive identitaire ». Dans cet ouvrage, elle écrit par exemple : « On ne reconnaît pas un juif parce qu’il se déclare juif mais à sa soif de vouloir se fondre dans la blanchité ». Ou encore : « Le pire, c’est mon regard lorsque je croise dans la rue un enfant portant une kippa. Cet instant furtif où je m’arrête pour le regarder. Le pire, c’est la disparition de mon indifférence vis-à-vis de vous, le possible prélude de ma ruine intérieure ».
En 2016, lors d’un débat dans l’émission « Ce soir (ou jamais !) » sur France 2, l’ancien membre de La France insoumise Thomas Guénolé épinglait un autre passage du même ouvrage : « Comme chacun sait, la tarlouze n’est pas tout à fait un homme. Ainsi, l’Arabe qui perd sa puissance virile n’est plus un homme ».
Malgré ses propos sulfureux, l’ancienne porte-parole du PIR reste soutenue par de nombreux intellectuels de gauche tels que l’écrivain François Bégaudeau ou le prix Nobel de littérature Annie Ernaux, laquelle n’hésitait pas à signer une tribune pour la défendre en 2021. En outre, des membres de l’entourage d’Houria Bouteldja (les anciens du PIR, les membres du collectif antisioniste Tsedek…) évoluent dans une galaxie proche de La France insoumise : récemment, rapporte Le Figaro, l’eurodéputée LFI Rima Hassan était l’invitée d’une émission animée par des proches d’Houria Bouteldja.
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