
Plus jeunes, mes enfants ont dévoré avec bonheur les ouvrages issus de la série Gallimard, « Un livre dont vous êtes le héros » – romans dans lesquels le lecteur ne se contente pas de suivre une histoire, mais participe à son déroulement en choisissant l’action que le héros accomplit. Prendre des décisions dans un contexte imposé, partiellement connu, tout en se préparant à faire face à leurs conséquences : c’est le quotidien des entrepreneurs et des entreprises. Et ces capacités d’analyse, de décision, de responsabilité sont insuffisamment développées par notre système éducatif. Pire, nos manuels scolaires de sciences économiques et sociales – 1h30 par semaine, seulement en filière générale, en classe de seconde – véhiculent une image déformée de l’entreprise et de son créateur.
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Le chef d’entreprise est caricaturé en gros capitaliste avide vautré dans son fauteuil, cigare cubain aux lèvres, pendant que ses salariés triment… Alors qu’aux États-Unis, il est présenté comme un héros de la nation et qu’en Allemagne, un test de personnalité détecté dans le manuel scolaire d’un Land permet à chaque élève de répondre à cette question aux allures de grand saut dans le vide : « Ai-je une vocation d’entrepreneur ? » Bien sûr, tous les Français ne sont pas appelés à l’entrepreneuriat. Mais l’esprit d’entreprise devrait être une priorité éducative. Il est la composante sine qua non de parcours de vie construits sur la responsabilité, la créativité, l’autonomie et la quête de sens personnel. À l’image d’Adam qui travaille la terre du jardin d’Éden, l’homme peut s’accomplir par son travail, y trouver une voie d’expression pour sa liberté et un ressort de sa dignité.
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« Introduisons des jeux de rôle de création d’entreprises »
L’homme est le sujet de son activité et pas un facteur de production objectivé. La multiplication des vocations d’entrepreneur et des entreprises est par ailleurs essentielle pour la France. Les entreprises, parce qu’elles sont créatrices d’innovation, d’emplois, de lien social et de PIB marchand taxable, contribuent à la prospérité économique et sociale de notre pays. Sans entreprises, pas de ressources pour faire fonctionner nos institutions, financer notre système éducatif et notre sphère régalienne. Sans commerce, pas de place non plus pour nous dans le concert des nations. L’historien Fernand Braudel a démontré qu’une balance commerciale excédentaire était une condition de long terme indispensable au développement du pouvoir diplomatique et militaire d’un État et qu’à défaut son déclassement est inévitable.
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Même les États-Unis s’en rendent compte aujourd’hui. De quoi avons-nous peur pour éduquer à l’esprit d’entreprise ? D’un utilitarisme cynique visant à endoctriner nos enfants pour en faire de « la chair à patrons » ? De vassaliser le savoir par rapport à l’argent ? C’est tout le contraire. L’esprit d’entreprise infusé dans le corps social, c’est la levure pour que renaisse une société d’initiative et de responsabilité.
Quelques actions isolées (l’association 100 000 entrepreneurs, par exemple) tentent de faire ce travail. Passons à la vitesse supérieure en modifiant profondément les programmes. Reprenons à la base l’équation : le PIB a une composante marchande taxable, le produit des taxes permet de financer la composante non marchande du PIB, notre modèle de société. Faisons découvrir des entreprises qui mesurent et améliorent leur impact extra-financier en plus de leur vocation à faire du profit, et qui partagent la valeur créée.
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Introduisons des jeux de rôle de création et de direction d’entreprises. Généralisons – avec d’autres métiers bien sûr – les interventions de chefs d’entreprise en milieu scolaire, et les stages d’enseignants en entreprise. Mon rêve : un manuel scolaire de sciences économiques et sociales complet, équilibré, consensuel, élaboré avec la contribution de chefs d’entreprise.
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