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Société
Élisabeth Caillemer
28/07/2025 à 12:23

Messieurs, un peu de tenue ! Ce qui relevait autrefois du bon sens ou de la simple politesse doit désormais être rappelé. Aux Sables-d’Olonne, la municipalité lance une nouvelle campagne invitant les vacanciers trop décontractés à se rhabiller avant de flâner en ville. Pour faire passer le message, la mairie a choisi l’humour, comme elle l’avait déjà fait en 2019 avec « Robert Poilodeau », cousin balnéaire des Bidochon arpentant les rues tongs aux pieds, ventre à l’air. « Deux cents ans d’élégance sablaise, ce n’est pas pour finir en slip dans nos ruelles », annonce une affiche illustrée d’une frise parodique de l’évolution de l’espèce allant du marin traditionnel – béret sur la tête, vareuse et pantalon – à un spécimen en claquettes-chaussettes, le torse nu barré d’un sac banane.
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« C’est une question de respect pour les Sablais qui n’ont pas envie qu’on se balade chez eux à moitié nu. C’est aussi une règle élémentaire d’hygiène publique dans nos marchés, nos commerces, nos ruelles. Nous tenons à notre cadre de vie. Pour arborer vos pectoraux et votre plus beau maillot aux Sables-d’Olonne, onze kilomètres de plages sont à votre disposition. Profitez-en, dans le respect des règles et des traditions de notre station balnéaire », a justifié le maire Yannick Moreau sur X. Chargée de faire respecter la règle, la police municipale privilégie la pédagogie. En cas de refus ou de récidive, l’amende peut atteindre 150 euros. Sur le plan juridique, rien dans le Code pénal n’interdit à un homme de se promener torse nu dans la rue. L’outrage à la pudeur a été supprimé en 1994, au profit de l’article 222-32, qui sanctionne l’exhibition sexuelle dans l’espace public. Mais l’exposition d’un torse masculin n’entre pas dans cette catégorie.
Un maire peut néanmoins réglementer par arrêté municipal, à condition que la mesure réponde à un objectif d’ordre public (hygiène, tranquillité, décence) et s’appuie sur des circonstances locales précises. L’interdiction doit en outre concerner un secteur défini sur une période déterminée et être formulée de façon claire et motivée. À Douarnenez, par exemple, la municipalité avait tenté, en 2024, d’encadrer le port du torse nu ou du maillot de bain en dehors des plages. Mais le texte, jugé flou et disproportionné, avait été suspendu par le tribunal administratif de Rennes, à la suite d’un recours de la Ligue des droits de l’homme.
La police municipale privilégie la pédagogie
D’autres communes ont pris des arrêtés similaires sans connaître le même sort : Narbonne, Palavas-les-Flots, Royan, Valras-Plage, Arcachon ou encore La Grande-Motte. Dans cette dernière, l’arrêté « anti-torse nu » remonte à 2008. À peine élu, Stéphan Rossignol, le maire (LR), avait pris cette décision en réponse aux doléances de nombreux commerçants. « Cette mesure s’inscrivait dans une volonté plus large de faire monter la ville en qualité », explique-t-il. Il évoque des clients torse nu entrant dans les magasins, y compris alimentaires : « Ce n’était ni hygiénique, ni respectueux. » La mesure est toujours en vigueur. Elle ne fait pas l’objet d’une campagne d’affichage, mais des autocollants sont distribués aux commerçants et des panneaux signalétiques « En ville je m’habille » sont installés l’été. « La décision a été très bien accueillie et la prévention fonctionne bien. En général, quand on informe les gens, ils remettent un tee-shirt sans problème », assure le maire. La ville recense environ 1 500 interventions par saison, dont une dizaine seulement donne lieu à verbalisation. L’amende, en cas de refus ou de récidive, peut aller jusqu’à 135 euros.
Stationnement sauvage, déchets abandonnés, conversations bruyantes, manque de courtoisie dans les transports… depuis plusieurs années, les incivilités du quotidien donnent lieu à des campagnes répétées de sensibilisation, d’affichage ou de verbalisation. Mais, malgré ces efforts, aucune amélioration nette ne semble se dessiner. « La politesse vise à ne pas gêner, heurter ou imposer son individualité aux dépens des autres. Elle s’apprend, se transmet, se rappelle – ou devrait l’être. Or, dans un contexte où les familles sont fragilisées, l’autorité affaiblie et la société disloquée, ce rôle de transmission ne se fait plus. Faute de relais naturels, les pouvoirs publics tentent de combler ce vide, mais avec des outils fragiles et une légitimité incertaine », commente Frédéric Rouvillois, auteur d’une Histoire de la politesse (Flammarion). Faut-il exhumer les manuels de savoir-vivre pour réapprendre à vivre ensemble ? Pour l’écrivain, « ce qui peut paraître anecdotique touche en réalité à quelque chose d’essentiel et de vertigineux : la capacité d’une société à se préserver elle-même ».
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