
Le 18 juillet, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a officiellement désigné The Resistance Front (TRF) comme « organisation terroriste étrangère ». Cette décision, prise trois mois après l’attaque de Pahalgam qui a coûté la vie à vingt-six civils au Cachemire, marque un tournant dans la lutte antiterroriste internationale. Encore une fois, l’administration Trump n’a pas peur de désigner ses ennemis.
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Le TRF, groupe-écran du Lashkar-e-Taiba pakistanais, avait revendiqué le massacre d’avril avant de s’en défendre quelques jours plus tard. Cette attaque avait déclenché l’opération Sindoor le 7 mai : des frappes indiennes contre les infrastructures terroristes pakistanaises, suivies de quatre jours de combats intenses — la plus grave escalade militaire entre les deux pays depuis des décennies —, jusqu’au cessez-le-feu du 10 mai.
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La désignation américaine du TRF n’est pas qu’un symbole. Elle gèle immédiatement les avoirs du groupe, interdit tout soutien financier américain et isole internationalement cette organisation. Contrairement aux longues procédures bureaucratiques qui s’enlisent, cette décision a des conséquences concrètes et immédiates.
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Cette fermeté contraste avec l’échec patent du système international. Depuis quinze ans, le Pakistan joue avec le mécanisme de surveillance du GAFI (Groupe d’action financière, un organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme). Placé trois fois sur « liste grise » (2008, 2012, 2018-2022) pour ses défaillances antiterroristes, Islamabad donne à chaque fois des gages minimaux pour en sortir, avant de récidiver.
L’analyse est accablante : cinq attaques terroristes majeures contre l’Inde ont été perpétrées soit pendant la surveillance GAFI du Pakistan, soit juste après sa sortie de la liste. Plus troublant : malgré le massacre de Pahalgam, le Pakistan n’a pas été remis sur liste grise lors de la dernière session GAFI de juin.
Le terrorisme pakistanais est un instrument stratégique d’État
Cette complaisance révèle une vérité dérangeante : le terrorisme pakistanais n’est pas qu’une entreprise financière, c’est un instrument stratégique d’État. Contrairement aux approches analytiques classiques, le cas pakistanais illustre l’instrumentalisation systémique de groupes armés dans une stratégie de guerre hybride. Le Resistance Front ne constitue pas une entité autonome mais une extension opérationnelle de la politique étrangère pakistanaise. Or, le système GAFI, censé l’enrayer, ne génère que de la paperasserie diplomatique sans stopper la violence terroriste.
Le Pakistan instrumentalise les groupes djihadistes parce qu’il sait que la communauté internationale se contentera de condamnations molles. Face à l’attaque de Pahalgam et aux opérations préemptives indiennes qui ont suivi, les chancelleries européennes ont en effet privilégié les appels au « dialogue » sans jamais nommer l’agresseur. Cette prudence diplomatique nourrit l’impunité des États terroristes.
Mais l’Inde d’aujourd’hui ne cède plus aux logiques de chantage. L’Opération Sindoor, qui a contraint Islamabad au cessez-le-feu, démontre que seule la force peut dissuader un État qui fait du terrorisme un outil de politique étrangère.
Il faut réformer le système GAFI, devenu un instrument de blanchiment diplomatique
L’exemple américain montre la voie : il faut sortir de l’ambiguïté diplomatique et appliquer des sanctions concrètes contre les organisations terroristes et leurs soutiens étatiques. Il faut réformer le système GAFI, devenu un instrument de blanchiment diplomatique. Il faut assumer qu’être « neutre » face au terrorisme, c’est être complice.
L’Europe, qui devient un partenaire crédible de l’Inde — puissance démocratique de 1,4 milliard d’habitants et rempart contre l’autoritarisme chinois, doit abandonner son équidistance morale. La sécurité de l’Inde est aussi celle du monde libre.
L’Europe ne peut plus se contenter de la pression diplomatique vis-à-vis des États qui financent le terrorisme. Elle doit suivre l’exemple de la fermeté américaine, à défaut de quoi elle deviendra complice des prochaines attaques que ne manquera pas d’orchestrer Islamabad.
*Happymon Jacob est professeur de relations internationales à l’Université Jawaharlal Nehru, rédacteur en chef du magazine India’s World.
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