Reconnaissance d’un État palestinien : le pari cynique d’Emmanuel Macron
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Politique
Arnaud Benedetti
28/07/2025 à 15:43, Mis à jour le 28/07/2025 à 15:49

En décidant de reconnaître un État palestinien en septembre, Emmanuel Macron use d’un levier dont la portée intérieure pourrait s’avérer beaucoup plus significative qu’en matière internationale. De facto, son initiative se heurte à un refus de la plupart de nos partenaires européens, à commencer par l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni.
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Si le président de la République, dont la sinuosité sur le plan de sa politique extérieure rend souvent illisible cette dernière, aura beau arguer pour légitimer cette reconnaissance de la position traditionnelle de la France, il n’en demeure pas moins qu’il ne pourra dissiper que ce sont des mobiles hexagonaux qui ont motivé d’abord sa décision. En posant un acte qui ne s’assortit d’aucune condition, le chef de l’État rejoint les positions de la gauche, à commencer par la gauche la plus radicale. Ainsi, à moins de deux ans du bout d’un quinquennat qui s’annonce incertain, l’hôte de l’Élysée adresse un signal à ceux qui voici encore un an exigeaient que le président reconnaisse leur victoire hypothétique aux élections législatives.
L’importation communautaire du conflit proche-oriental est devenue depuis le 7 octobre 2023 un enjeu existentiel de la société française. Depuis presque deux ans, Emmanuel Macron cabote sans cap autour d’une question révélatrice des fractures culturelles qui traversent le pays. En se décidant à reconnaître un État palestinien dans un contexte de montée préoccupante de l’antisémitisme, Emmanuel Macron fait un choix inquiétant mais empreint d’un calcul dont l’impact est indissociable d’une situation institutionnelle caractérisée par une forte instabilité.
Macron songerait déjà à une reconfiguration des alliances partisanes
Alors que l’épreuve budgétaire de l’automne est annonciatrice d’une potentialité de censure, sans solution évidente de rechange, le président suscite immanquablement l’idée de préparer une reconfiguration des alliances partisanes qui régissent notre situation politique post-dissolution. Il entrouvre la voie à une recomposition permettant de retrouver à gauche ce qui lui manquerait à droite, sous réserve que sa manœuvre y trouve des conditions favorables. À rapports de force constants, le contournement est peu probable ; seule une nouvelle dissolution assurerait la mise en œuvre d’une donne dont le but serait de constituer un large regroupement des « progressistes », en réactivant pour la circonstance ce qu’il reste du « front républicain »… Mutatis mutandis, l’homme qui prétendit dépasser les clivages les restaurerait, usant de la bipolarisation pour garantir sa survie dans un paysage que son action hasardeuse et parfois pulsionnelle aura contribué à toujours plus balkaniser.
Ce faisant, la tentation de rebattre les cartes nationales sur l’autel du conflit israélo-palestinien n’en constituera pas moins une faute morale au moment où l’antisémitisme retrouve une vigueur mortifère et où le pacte national qui fonde notre cohésion est remis en cause par des séparatismes aussi multiformes qu’agressifs. Pour autant, rien de surprenant à cette évolution : le macronisme confirme qu’il est bien un opportunisme au service d’une conception déconstruite de la nation et de son avenir. Un retour aux sources que huit années de pouvoir auront souvent dissimulé mais jamais vraiment effacé…
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*Arnaud Benedetti est rédacteur en chef de la Revue Politique et parlementaire et professeur associé à l’Université Paris Sorbonne.

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