Le JDNews. Pourquoi publier ce livre maintenant ? Que voulez-vous dire aux Français ?
Éric Ciotti. La date n’est pas un hasard. Nous sommes à un an, quasiment jour pour jour, de la rupture que j’ai assumée en m’alliant avec Marine Le Pen et Jordan Bardella. Un an après ce moment historique, j’ai voulu poser un regard lucide sur cette séquence politique. Le constat est sans appel : le choix que j’ai fait, celui de l’alliance, a été refusé par ceux que j’appelle les « chapeaux à plumes », qui eux ont préféré rejoindre Emmanuel Macron. Un an plus tard, que voit-on ? Plus de dette, plus de déficit, plus de violence. L’immigration progresse, l’insécurité s’aggrave. Le pays va plus mal. Et pendant ce temps, la droite aurait pu gouverner à droite et pas sous tutelle macroniste. Si certains n’avaient pas fait barrage à cette alliance, nous aurions aujourd’hui une majorité capable de redresser la France.
Le JDNews. Vous ne regrettez donc rien ?
Au contraire, l’union des droites suscite beaucoup d’enthousiasme ! Je n’ai jamais été aussi libre politiquement. J’ai la conviction que la droite ne reviendra pas au pouvoir sans une alliance claire avec le Rassemblement national, aujourd’hui la principale force qui défend la nation, l’ordre, l’identité, la liberté. Refuser cette alliance, c’est se condamner à l’impuissance.
« Le chaos que nous avons vu lors de la victoire du PSG est le symptôme d’un pays qui sombre »
Certains, comme Bruno Retailleau, tiennent des discours séduisants pour l’électorat de droite. Mais que reste-t-il derrière ces discours ? Rien. Des postures, des redditions et un gouvernement de soumission avec d’anciens socialistes et l’arrière-banc du macronisme. Le chaos que nous avons vu lors de la victoire du PSG est le symptôme d’un pays qui sombre. Il faut une rupture. Sinon, en 2027, on aura encore un centriste élu grâce à la gauche et la bénédiction du petit Paris mondain. Et le déclin continuera.
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Pourquoi l’union des droites est-elle indispensable aujourd’hui ?
L’union des droites est inéluctable. Parce que c’est la seule alliance victorieuse possible. Il y a une mécanique électorale : sans rassemblement, la droite est hors jeu. Mais il y a surtout des valeurs communes. Charles Pasqua en parlait déjà. La gauche, elle, ne s’est jamais embarrassée. En revanche, dès que la droite parle d’union avec le RN, on crie au scandale. Ce deux poids, deux mesures a paralysé la droite pendant quarante ans. Résultat : même lorsqu’elle gagnait, elle gouvernait à gauche. L’ouverture de Nicolas Sarkozy en 2007 en est le symbole.
Sans accord avec le RN, la droite est hors jeu ?
Oui. La droite issue du gaullisme est aujourd’hui à l’UDR. La droite Macron-compatible, elle, est condamnée. Elle sera emportée par le bilan d’un pouvoir qui a échoué. J’ai longtemps combattu pour que Les Républicains restent indépendants. J’ai mené ce combat avec Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez. Mais aujourd’hui, l’un comme l’autre participent au pouvoir d’Emmanuel Macron et de François Bayrou. C’est un reniement.
« Il fallait un sursaut républicain contre la chienlit, ils ont fait un front républicain avec La France insoumise »
Et je le dis clairement : si le pays est dans cet état, c’est aussi à cause de l’alliance de LR avec Macron au premier tour des législatives, et pire encore, avec Mélenchon au second. Ce front républicain absurde a empêché l’émergence d’une vraie alternance. Il fallait un sursaut républicain contre la chienlit, ils ont fait un front républicain avec La France insoumise.
Bruno Retailleau partage une partie de vos convictions. Pourquoi dites-vous qu’il est « otage du macronisme » ?
Parce qu’il a fait le choix d’entrer dans un gouvernement macroniste. Il a été nommé par Emmanuel Macron, placé sous l’autorité de François Bayrou. Et sur l’affaire algérienne, il a été humilié. Combien d’OQTF ont été repris après sa lettre à Alger ? Aucune. Et pendant ce temps, on continue à distribuer des milliers de visas par jour. Bien sûr que nous avons des valeurs communes. Mais ces valeurs, il est contraint de les édulcorer. À quoi cela sert-il d’être de droite si c’est pour servir de bouée de sauvetage à Emmanuel Macron sans pouvoir appliquer aucune de nos idées ?
Certains vous accusent d’avoir créé un marchepied vers le RN. Que leur répondez-vous ?
J’assume cette alliance. Je la revendique. Mais nous ne sommes pas le RN. Nous avons nos propres positions, comme on l’a vu sur les retraites. Nous avons des nuances, notamment sur le financement de nos pensions. Mais sur l’essentiel, nous sommes d’accord : arrêt de l’immigration de masse, baisse des impôts, retour de l’autorité. Je veux aussi être un point de ralliement pour tous ceux qui se disent : « Pourquoi n’avons-nous pas fait cette alliance plus tôt ? »
Marine Le Pen et Jordan Bardella sont-ils interchangeables ?
La candidate, aujourd’hui, c’est Marine Le Pen. C’est avec elle que j’ai noué ce dialogue. Si la justice devait l’empêcher de se présenter, Jordan Bardella prendrait le relais. Qui peut prétendre disposer de deux candidats de cette stature hormis l’union des droites ? Personne.
Ce livre est-il aussi le prélude à une candidature à Nice ?
Je suis profondément attaché à Nice. Ce sont les Niçois qui m’ont élu à cinq reprises. Les trois députés de Nice sont avec moi à l’UDR. Cette ville souffre des mêmes maux que le pays : dette, impôts, immigration, violence, pollution et dégradation de la qualité de vie. Et elle est dirigée par un fidèle du macronisme. La majorité des Niçois veulent tourner la page. Je les entends. Et je me prépare à leur proposer une nouvelle espérance.
Je ne regrette rien, d’Éric Ciotti aux éditions Fayard. 272 pages, 21.90 euros.
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