
C’est un visage que la France n’a pas oublié, même trente ans après les faits. Le 1er août prochain, Boualem Bensaïd, aujourd’hui âgé de 57 ans, quittera définitivement sa cellule. Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir participé à la campagne d’attentats de 1995, il sera ensuite expulsé vers l’Algérie, son pays natal, comme l’a confirmé jeudi la Cour d’appel. Une libération qui réveille le souvenir d’un été de terreur, quand Paris vivait sous la menace permanente des bombes.
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Un ancien sportif devenu soldat du GIA
Né en 1967 sur les hauteurs d’Alger, issu d’une fratrie de dix enfants, Boualem Bensaïd suit d’abord un parcours ordinaire. Diplômé d’éducateur sportif, passionné de karaté, il traverse la Méditerranée au début des années 1990 et commence à « faire du commerce » entre l’Algérie et la France, selon ses propres mots. Mais rapidement, il bascule dans la clandestinité et rejoint le Groupe islamique armé (GIA), alors engagé dans la guerre civile algérienne et décidé à porter la violence jusque sur le sol français.
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L’été 1995, une série d’attentats qui sidère la France
Le 25 juillet 1995, une bombe artisanale placée sous un siège du RER B explose en pleine heure de pointe, station Saint-Michel. Huit morts, 150 blessés et une capitale traumatisée. Les jours suivants, d’autres explosions frappent les stations Maison-Blanche et Musée d’Orsay et près de la place de l’Étoile, blessant des dizaines de personnes. La peur s’installe, les forces de l’ordre patrouillent dans les gares et les métros, les portraits-robots des suspects sont diffusés. L’objectif revendiqué par le GIA : contraindre la France à retirer son soutien au pouvoir algérien.
En novembre 1995, après des semaines d’enquête, Boualem Bensaïd est arrêté en région parisienne. Trahi par ses empreintes digitales, il se présente comme un simple étudiant, tandis que la justice le soupçonne déjà d’être l’un des poseurs de bombes.
Condamné à la réclusion criminelle à perpétuité
Son procès en 2002 laisse un souvenir glaçant aux parties civiles. Dans le box, Bensaïd nie tout, garde un calme déroutant et ne laisse transparaître aucune émotion lorsque les noms des victimes sont énumérés. Reconnu coupable d’avoir posé les bombes de Saint-Michel et Maison-Blanche, et complice pour celle de Musée d’Orsay, il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans. L’année suivante, lors de son procès en appel, il réitère ses dénégations et affiche le même aplomb. Verdict inchangé. En parallèle, il purge aussi deux autres peines, dont l’une de 30 ans pour une tentative d’attentat ratée contre un TGV entre Paris et Lyon. Depuis son incarcération, il n’a plus jamais revu l’extérieur.
Une libération qui divise
À l’issue de sa période de sûreté en 2017, Boualem Bensaïd multiplie les demandes de libération conditionnelle, toutes refusées. Jusqu’à cette décision de la Cour d’appel, tombée jeudi dernier, qui ouvre la voie à sa sortie et à son expulsion vers l’Algérie. Pour son avocat, « cette libération est un espoir pour tous ceux qui luttent contre la prison à vie ». Mais pour de nombreuses victimes, l’annonce a le goût amer d’une blessure rouverte.
Trente ans après les explosions qui ont endeuillé Paris, la figure de Boualem Bensaïd reste associée, à jamais, au fracas des bombes et au silence glaçant d’un homme resté muré dans son refus de reconnaître ses actes.
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