
Jamais, depuis 2011, ce conflit larvé n’avait connu une telle ampleur. Les combats armés impliquant artillerie lourde et frappes aériennes ont fait presque 40 morts. Quelque 140 000 Thaïlandais ont été évacués de la zone des combats, ainsi que des milliers de Cambodgiens du côté opposé, avec la fermeture de plusieurs centaines d’écoles.
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Bangkok a instauré la loi martiale et a averti d’un risque de guerre si la situation venait à s’aggraver. « Nous avons essayé de trouver un compromis parce que nous sommes voisins, mais nous avons donné instruction à l’armée thaïlandaise d’agir immédiatement en cas d’urgence », a rappelé vendredi 25 juillet le Premier ministre thaïlandais par intérim, Phumtham Wechayachai. Si l’ambassadeur cambodgien à l’ONU, Chhea Keo, a demandé « un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel avec une résolution pacifique du conflit », la Thaïlande laisse la porte ouverte à des négociations avec la Malaisie comme possible intermédiaire.
Une escalade jusqu’où ? « La situation devrait finir par s’apaiser. Ni la Thaïlande ni le Cambodge n’ont intérêt à ce que ce conflit s’élargisse. Il y a fort à parier qu’une fois les objectifs politiques atteints, le statu quo reviendra », estime David Camroux, chercheur au Ceri Sciences-Po.
À l’origine du conflit : un différend sur les 840 kilomètres de frontière tracés par les Français en 1907. Le catalyseur ? Le temple de Preah Vihear, vestige de l’empire khmer accordé au Cambodge. Un arbitrage qui attise la colère du voisin thaïlandais. « C’est un contentieux avant tout symbolique qui, pour les deux pays, sert à rappeler le passé glorieux et à affirmer la fierté nationaliste », précise le spécialiste au micro de France 24. Au-delà du symbole, la Thaïlande conteste toujours une bande de terrain de 4,6 km² autour du sanctuaire. Perdre cette zone signifierait aussi perdre un point d’observation stratégique pour la sécurité de sa frontière nord-est et une manne économique liée au tourisme.
En Thaïlande, le pouvoir est entre les mains de l’armée
Depuis le début du conflit le 24 juillet, les deux pays se rejettent mutuellement la faute. Un bras de fer où aucun ne veut perdre la face. Car la crise frontalière se joue aussi sur le terrain politique intérieur. Au Cambodge, le jeune Premier ministre Hun Manet (fils de l’autocrate Hun Sen, qui lui a transféré le pouvoir en 2023) doit asseoir sa légitimité. Sa fermeté vis-à-vis de la Thaïlande pourrait renforcer le soutien populaire et militaire autour de sa personne. « Hun Sen cherche peut-être à renforcer la position de son fils en attisant le nationalisme », estime Matt Wheeler, l’analyste de International Crisis Group.
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Du côté thaïlandais, la Première ministre vient d’être suspendue de ses fonctions pour mauvaise gestion du dossier frontalier. Le pouvoir est désormais entre les mains d’un cabinet intérimaire dominé en coulisses par l’armée. Dans ce contexte, afficher une intransigeance face au Cambodge peut servir les intérêts politiques à Bangkok comme à Phnom Penh.
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