Ingénieur maître en gestion de l’environnement, administrateur national à la Ligue de protection des oiseaux (LPO) durant quinze ans, Bertrand Alliot est porte-parole d’Action Écologie, association qui lutte contre l’écologie politique dogmatique. Dans son livre, il décrit comment le discours fondé sur l’imminence d’une catastrophe écologique planétaire d’origine anthropique, d’abord epsilonesque, s’est imposé jusqu’à devenir un lieu commun qu’il est malvenu, sinon prohibé, d’interroger.
Et il sait de quoi il parle. Pour avoir, en octobre 2024, accordé un entretien au Point où il contestait l’idée d’un effondrement total de la biodiversité en Europe, chiffres à l’appui, et organisé, le 15 novembre, à l’Institut de France, un colloque intitulé « Comprendre le phénomène écologie », notre homme s’est attiré les foudres calomnieuses d’une certaine presse.
Ainsi de Mediapart qui, le 19 janvier, a publié une enquête dont voici le titre : « Action Écologie, autopsie d’une offensive anti-écolo issue de l’extrême droite », et le chapeau : « Derrière l’obscure association Action Écologie, qui a récemment organisé un colloque climatosceptique à l’Institut de France, s’agite un écosystème qui regroupe des libertariens formés aux États-Unis, des néofascistes et l’hebdomadaire Le Point en complaisante chambre d’écho. »
Extrême droite, climatosceptique : une brochette de mots clés efficace puisque, sous la pression d’enseignants-chercheurs et de syndicats de l’université Gustave-Eiffel, où il travaillait depuis quinze ans (en tant qu’administratif), et tandis qu’il était sur le point d’être promu, Alliot a été… démis de ses fonctions. S’il a porté plainte pour diffamation contre Mediapart, son cas, passé inaperçu, est symptomatique : l’ostracisation pour déviationnisme a le vent en poupe. En terre d’écologie, l’apostasie conduit à la prison sociale.
Forger un « homme nouveau » sur le modèle fantasmé de peuples autochtones vivant « en harmonie avec la nature »
Songeons-y en abordant Comprendre l’incroyable écologie. Alliot opère là des distinctions capitales, dont celle-ci : « Le mot ‘‘environnement’’ […] a été remplacé par le mot ‘‘écologie’’. Ces deux mots recouvrent deux réalités bien différentes. Les politiques menées au nom de l’écologie, parce qu’elles se fondent sur le postulat d’une ‘‘crise’’, ont vocation à régenter l’organisation des sociétés. Les politiques menées au nom de l’environnement ont, quant à elles, vocation à ‘‘accompagner’’ le développement économique. » Un glissement lexical aux profonds effets car l’écologie va dès lors s’affirmer comme un « phénomène global », une « idéologie » et même une « religion » avec ses génuflexions obligées et ses « récits », au premier rang desquels « l’urgence climatique » puis « l’effondrement de la biodiversité ». Récits si sacrés qu’il ne s’agit plus désormais de chercher à « s’adapter », mais de forger un « homme nouveau » sur le modèle fantasmé de « peuples autochtones » vivant prétendument « en harmonie avec la nature ».
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Cela étant, on entend mieux pourquoi, singulièrement au sein de l’UE, l’option d’une décroissance qui refuse de dire son nom tente de l’emporter avec, pour corollaire, le rêve de grands espaces réensauvagés ; pourquoi une « science » autorisée, de plus en plus imperméable à la contradiction, règne sur la sphère médiatico-politique ; et pourquoi une multitude d’ONG et d’institutions internationales s’échinent à tuer dans l’œuf l’apparition du moindre doute critique quant au caractère apocalyptique et assuré de ladite crise. C’est qu’elle leur est vitale.
Et si « l’incroyable écologie », tel « l’incroyable Hulk », finissait par accoucher d’une souris ou, pour filer la malicieuse métaphore d’Alliot, d’un « être hybride verdâtre dont on ne sait s’il est rachitique ou bodybuildé » ? Autrement dit, cette puissante idéologie, aux contours volontiers totalitaires, ne risque-t-elle pas bientôt de pâtir de ses contradictions internes et de sa confrontation au réel ? « Un motif d’espoir », estime Chantal Delsol dans son éclairante préface.
Comprendre l’incroyable écologie, Bertrand Alliot, préface de Chantal Delsol, Salvator, 192 pages, 20 euros.
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