Un an après la dissolution, le plus difficile se profile pour le gouvernement de François Bayrou. Qui pourra s’en étonner, à l’exception de quelques commentateurs hâtifs et de politiques illusionnés par l’aile éphémère de l’immédiat ? Toute l’expérience que nous vivons depuis un an est celle de circonstances qui ne parviennent pas à dissiper la crise structurelle dans laquelle nous a plongés la mécanique intraitable d’événements – dont le sommet de l’État est le responsable exclusif.
Et quand l’on parle du sommet de l’État, il faut évidemment en revenir à la majorité présidentielle issue des urnes en 2022. Nous sommes désormais tout proches de ce chaos institutionnel dont la Ve République était censée nous protéger, et dont elle nous avait protégés, parce que les gouvernants se succédant jusqu’à maintenant, nonobstant leurs défauts et leurs erreurs, avaient néanmoins pris soin de ne pas violenter les institutions.
Emmanuel Macron aura fait le choix d’aller jusqu’au bout de l’usage dispendieux de son pouvoir, c’est-à-dire de ses caprices personnels, pour rester au centre d’un jeu – qui lui aura néanmoins échappé. Son Premier ministre, confronté à l’épreuve budgétaire, doit donner des gages pour se sauver, et faute d’une recette miracle pour faire adopter un budget de douleurs, il tente de neutraliser a minima ses oppositions en jetant l’os d’une révision du mode de scrutin dont il escompte qu’elle calmera les envies ardentes de censure.
Mais c’est désormais de l’intérieur que la menace tend à surgir, puisque l’allié circonstanciel LR, requinqué par quelques élections partielles profitables et par l’élan dont semble bénéficier Bruno Retailleau dans les sondages, annonce ne pas vouloir joindre ses voix à un projet dans lequel il voit une porte grande ouverte pour le retour au « régime des partis ».
« La France a besoin d’un gouvernement fort et stable pour affronter les innombrables et les immenses défis qui se dressent sur son chemin »
Encore fallait-il, pour être plus crédible dans cette dénonciation aux accents gaulliens, ne pas céder à la tentation voici un peu moins d’une année d’une alliance minoritaire qui tient par toutes ses fibres de ces combinaisons partisanes – pointées en leur temps par le général de Gaulle – comme le ferment mortel de la dislocation de l’État.
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Nous y sommes pourtant, et de quelle manière : car si demain Bayrou tombe – hypothèse inscrite pour qui sait voir sans se laisser distraire par les agitations de l’instant –, cette chute conduira à une autre combinaison aussi incertaine que probablement stérile. Ainsi, nous sommes probablement condamnés, alors que la France a plus que jamais besoin d’un gouvernement fort et stable pour affronter les innombrables et les immenses défis qui se dressent sur son chemin, à une impuissance chronique qui ne permet pas plus de gouverner que de légitimer un quelconque pouvoir.
Dès lors, Emmanuel Macron est empêché de gouverner et réformer. Car l’on saisit bien que de toutes les configurations rendues possibles par une situation politique atypique, aucune n’assurera la stabilité et le moyen de travailler dans le sens de l’intérêt général. La signification profonde et vaine du moment politique que nous traversons se réduit à une seule préoccupation existentiellement présidentielle : comment l’hôte de l’Élysée peut faire en sorte de se maintenir jusqu’au terme de son mandat ?
Ce n’est ni responsable, encore moins démocratique. Seule une remise du compteur à zéro de notre calendrier électoral serait susceptible de repositionner les institutions sur leurs jambes, et, mutatis mutandis, de placer le pays en état d’adopter les mesures indispensables à son redressement. En deçà de cette nécessité, il n’y a de place que pour du temps inutilement perdu au seul profit d’un homme : est-ce bien raisonnable ?
*Arnaud Benedetti est rédacteur en chef de la Revue Politique et parlementaire et professeur associé à l’Université Paris Sorbonne
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