Le JDD. Depuis samedi 5 juillet, la Mairie de Paris met en place trois zones de baignade, au prix d’un investissement de 1,4 milliard d’euros. Qu’est-ce que cela change ?
Marie-Pierre Landowski. Cela vient percuter une réalité trop peu prise en compte : la Seine est un fleuve à usages multiples, avec une activité économique forte. Bateaux à passagers, tourisme, fret. Ce n’est pas qu’un décor de carte postale. La Seine est le premier port intérieur européen pour les passagers, soit l’équivalent, en volume, du deuxième site touristique de Paris après la tour Eiffel. Et il faut rappeler que 50 % du fret national transite par la Seine. Il ne s’agit donc pas d’un canal anecdotique. La création de ces « espaces de baignade » restreint la navigation. Deux zones ont été supprimées à la navigation – notamment au niveau de Bras Marie et de Grenelle – et une troisième à Bercy prévoit une cohabitation, car l’espace y est plus large. Notre activité va donc devoir s’adapter à de nouvelles contraintes.
« La création de ces espaces restreint la navigation »
La Ville a massivement investi pour permettre ces baignades…
Oui, et ce chiffre ne reflète pas l’impact en chaîne : sur la navigation, la brigade fluviale, les pompiers, les entreprises du fleuve… Derrière une politique de loisirs, c’est tout un écosystème économique et logistique qui est mis à mal.
Y a-t-il eu une concertation ?
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Des discussions ont eu lieu. Des compromis ont été trouvés, par exemple la baignade autorisée uniquement le matin à Bras Marie, sauf le dimanche. Mais dans les faits, cela revient à restreindre nos possibilités d’exploitation. Le problème, c’est l’accumulation des contraintes. Depuis deux ans, nous avons joué le jeu. Les préparatifs des JO ont mobilisé toute la filière fluviale : nous nous sommes investis avec joie, adaptés dans un esprit constructif. À peine avons-nous digéré cela que d’autres restrictions arrivent. Notre secteur a besoin de stabilité, pas d’une série de coups d’arrêt.
Vous évoquez aussi un enjeu de sécurité…
Absolument. C’est de l’eau vive, avec des courants, du trafic, des variations de débit. Je suis très inquiète. J’ai peur qu’il y ait des morts. Tout le monde dans le secteur se pose la question. Nos différents capitaines ne sont pas sereins sur ce point. Et, au-delà des baignades, il y a une multiplication d’événements ponctuels : paddle, sauts, canoë… Chaque épreuve sportive se traduit aussi par des arrêts de navigation. Et donc, des pertes d’activité.
Que représente l’activité fluviale à Paris en termes de chiffres ?
Esprit Seine opère sur trois sites : Boulogne-Billancourt, Javel et un troisième site rive droite. Nous organisons des croisières touristiques et des dîners croisière. Notre chiffre d’affaires se monte à 15 millions d’euros par an environ. L’année des JO, il a été réduit de 15 %. Et nous sortions de la période Covid qui a été un coup dur, avec une baisse du chiffre d’affaires de 75 %. Pour le moment, l’année 2025 se profile bien, mais jusqu’à quand ?
La question écologique fait-elle partie de vos préoccupations ?
La Seine accueille environ 300 000 passagers par an. Le transport fluvial est jusqu’à dix fois moins énergivore que le transport routier, surtout en zone urbaine. Il incarne un modèle de mobilité durable, que la Ville de Paris, avec ses ambitions écologiques, devrait soutenir. Chez Esprit Seine, nous engageons progressivement nos bateaux vers l’électrification. C’est un investissement très lourd, qui demandera entre 2 et 3 millions d’euros pour un seul navire. Tout est à repenser. Nous le faisons parce que nous croyons dans l’avenir du fluvial. Notre message est clair : la progression des activités de loisir et sportives ne doit pas se faire au détriment de l’économie.
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