
C’était le mercredi 15 mai 2024. Nicolas Molinari, 22 ans, gendarme mobile affecté à l’escadron de Melun, ôte de sa tête son casque lourd afin de croquer dans un sandwich. Depuis 36 heures, lui et huit de ses camarades sont sur le pont, contraints de protéger l’une des zones les plus chaudes de l’archipel calédonien, dans le sud de Nouméa, à Saint-Louis. Un moment d’accalmie où le danger semble écarté offre à Molinari l’occasion d’une pause casse-croûte. Mais le jeune militaire n’aura pas le temps d’y goûter. Un tir d’arme longue traverse la porte de son véhicule et le frappe en pleine tête. Nicolas Molinari s’écroule. Tiré de la voiture par ses collègues, il est hospitalisé en urgence et décède dans la soirée.
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Fabrice*, membre de son escadron, a perdu un « frère d’armes » ce jour-là. Il se souvient. « C’est un membre de la tribu de Saint-Louis qui a tué Nicolas. Un clan de Kanaks criminel, extrêmement agressif. » Pour le gendarme, l’affaire a été partiellement étouffée par la hiérarchie, et la réalité des faits, déformée. « On a dit aux gars qui ont sorti Molinari du véhicule de fermer leurs gueules. Et lors de l’hommage officiel, Gabriel Attal, qui était Premier ministre, racontait que Nicolas s’était fait tirer dessus alors que les tensions étaient retombées. C’était évidemment faux ! »
« On a tous eu le sentiment d’être abandonnés à notre sort ! »
Choqués par le décès de leur camarade, les gendarmes mobiles ne sont pourtant pas au bout de leur peine. Seulement 24 heures après le meurtre de Molinari, un autre des leurs trouve la mort. L’adjudant-chef Xavier Salou, qui s’apprêtait à partir en mission, est tué d’un tir accidentel effectué par l’un de ses collègues, alors en poste sur un blindé vieillissant de la gendarmerie. « C’était la goutte de trop, se remémore un membre de l’escadron Satory, dont dépendait Xavier Salou. On venait de passer trois jours en enfer, à lutter contre des indépendantistes enragés. Et en l’espace de 36 heures, deux de nos gars tombent. On a tous eu le sentiment d’être abandonnés à notre sort ! »
Surpris par l’intensité des émeutes, le ministère de l’Intérieur mettra plusieurs jours à rétablir un semblant d’ordre. Et les forces de sécurité déployées sur place auront à subir le pic de la crise : ravitaillements impossibles à cause des routes barrées, casernes attaquées, pénuries en eau et en nourriture… « On a vécu la chute du Léviathan », résume un politicien local, en référence au Léviathan de Thomas Hobbes, figure mythique incarnant l’État et sa force. Un traumatisme collectif, encore ancré dans les mémoires. « On m’a proposé d’y retourner à la fin de l’été, je n’en ai aucune envie », jure Fabrice, qui déplore « les situations d’ultraviolence dans lesquelles on nous met sans nous donner les moyens d’y mettre un terme ». Reste que la situation, relativement calme depuis six mois, pourrait s’embraser à la rentrée. Si aucun accord politique n’est trouvé entre loyalistes et indépendantistes, la venue des élections municipales et provinciales risque de raviver les braises encore chaudes d’un archipel ultra-divisé. Et les gendarmes devront, une fois encore, éteindre l’incendie, quitte à y laisser des leurs.
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